Plus fort que la vie de Philippe Croizon

La vie s’arrête parfois brusquement. Elle peut être figée par la mort évidemment mais aussi par un accident. Aussi brutal que fatal vous croyez vivre vos derniers instants. C’est quand on pense que tous est fini qu’en fait tout commence. La mort n’est pas seulement neurologique et physique. Ce sentiment laisse un goût amer. Il nous terrasse parfois nous grandit. L’homme puisse bien souvent ses ressources au plus profond de lui. La détermination, l’envie de se dépasser deviennent alors des moteurs pour nous maintenir en vie. L’espoir nous aide à trouver un sens à notre nouvelle vie. Cette volonté folle nous pousse parfois à nous lancer des défis. Ceux-ci paraissent fous voir impossible. Mais rien ne semble impossible quand la motivation et la passion sont au rendez-vous. Grâce à ces détonateurs on se sent capable de déplacer des montagnes, de nager au delà des frontières. Le handicap est-il une frontière?

Pour surpasser nos démons où ce qui nous ronge il faut se faire violence. Ce n’est pas simple bien au contraire. Beaucoup se remettent en question. Certains abandonnent à la première embûches quand d’autres sont galvanisés par les obstacles et les buts qu’ils se fixent. Certaines difficultés parait sans solution. Mais au fond bien souvent la solution se trouve en nous. Il faut juste la trouver et se donner les moyens de la mettre en œuvre. Le handicap n’est qu’une partie (certes importante) du problème. La victoire n’en devient que plus belle et résonne ainsi comme un exploit. C’est avant tout une aventure humaine. L’humain semble toujours au centre de tout.

La résilience a permis à Philippe Croizon de devenir un nageur longue distance. Avec le temps, la détermination et le soutien de ses proches, il a réussi à dépasser son handicap et à être un nageur à part entière. Il s’est d’abord attaqué à la Manche puis aux cinq continents avec succès. Le retentissement médiatique ferait presque oublié toutes les préparations. C’est une belle victoire sur la vie mais une victoire d’équipe c’est peut-être le plus important. Il la partage volontiers avec Arnaud Chassery. Sans cette cohésion parfois douloureuse, la réussite n’aurait peut-être jamais été au rendez-vous. Dans cette aventure aussi bien sportive qu’humaine, le mental a une place de choix. Pour braver les éléments il faut se munir d’une force psychologique immense. Seuls les esprits battants arrivent au bout avec la satisfaction et le bonheur d’avoir pu surmonter toutes les limites qui leur étaient imposées.

Philippe Croizon et Arnaud Chassery : une amitié et un amour du sport

Philippe Croizon est un survivant. Aujourd’hui, il a retrouvé le goût de vivre grâce à la mer et à la natation. Il s’est souvent battu contre lui-même et les éléments. Il a lutté jusqu’à la fin. Il s’est ressourcé et à retrouver toute son énergie grâce à son binôme Arnaud Chassery lui aussi athlète émérite. Ce nageur de haut vol a su s’adapter. Il a soutenu Philippe Croizon dans l’effort, lui a insufflé du courage lorsqu’il se sentait découragé et déprimé. Ce binôme est avant tout une histoire d’amitié. C’est la rencontre de deux âmes qui ont connu des traumatismes. Deux hommes qui ont su les transcender. Ils ont fait chacun à leur manière acte de résilience et sont parvenus à rallier les cinq continents à la nage. Défi qui semblait pour beaucoup improbable. Mais qui ne tente rien n’a rien. Ils se sont donnés mutuellement la force de réaliser leur rêve, de poursuivre leur graal. Cette capacité à se défier au quotidiennement, ils l’ont partagée de longs mois. Ils ont parvenus à se créer une bulle pour pouvoir toujours aller plus rien. Ils ont dépassé les frontières du handicap, ils ont traversé les frontières géographiques mais n’ont pas toujours pu passer au delà des frontières administratives et diplomatiques. Le monde est venu à leur rencontre souvent avec intérêt et hospitalité et toujours avec gentillesse et humanité. Ils ont d’ailleurs considérés Philippe Croizon avec respect et lui ont accordé leur bienveillance. Les personnes rencontrées ont vu en Philippe Croizon un nageur et non un handicapé ce qu’en France on a encore du mal à faire.

Il a pu renaître grâce au sport. La natation l’a aidé à surmonter ses tourments et a ainsi retrouvé le goût de la vie.

Plus fort que la vie est un témoignage de résilience. Le handicap est devenu au fil des années pour Philippe Croizon une force. Il a appris à l’apprivoiser et à vivre avec. Il montre le calvaire qu’il a connu sans s’apitoyer sur son sort. Ce livre s’apparente à un exutoire. Il y délivre ses peines et ses faiblesses avec humour et détachement. Certains passages de cet ouvrage sont vraiment emprunts d’émotion mais jamais de pathos. La joie se mêle parfois à la tristesse. Les rencontres impromptues montrent que l’homme est toujours au centre de l’expérience qu’est la vie. Les instants les plus intenses sont souvent les plus simples. Philippe Croizon et Arnaud Chassery ont tissé des liens inoubliables avec les populations locales grâce à leur défi sportif. La nage leur a donné la possibilité de partager des instants de bonheur avec des nageurs d’un jour. Le sport est fédérateur de liens qui ne se seraient peut-être pas créer autrement. Cette expérience rappelle qu’il n’y a pas besoin de parler pour nager mais de ressentir l’envie d’y arriver. Philippe Croizon et Arnaud Chassery ont dépassé les frontières des langues. Cette expédition des mers au long court montre que la natation est un langage universel et permet à l’homme de se défaire de ses peurs même celle de l’eau.

Tout comme la couverture en lisant Plus fort que la vie on garde le sourire, je dirai même qu’on le retrouve. Parfois des petites larmes s’invitent dans ce voyage. Le parcours hors normes de Philippe Croizon nous fait penser qu’on serait bien incapable de réaliser ce projet fou malgré notre validité. Quand il nage, il oublie son handicap et nous nous apprenons par la même occasion à le considérer comme un athlète. Sa différence le renforce. Après des années de durs labeurs dans une vie de métallo, il est devenu par la force des choses un nageur de haute volée. Comme tous les autres nageurs, ils lui a fallu des heures des jours, des mois et des années d’entrainements qui n’ont pas été facilités par son handicap. Il a vécu la douleur, l’envie d’abandonner mais il a toujours persévérer. Tout le monde n’a pas en lui cette force mentale mais lui oui. Pour autant, il ne se considère pas comme extraordinaire. Sa plus grande victoire demeure dans le fait d’être rester humble et accessible. Si le monde et les infrastructures n’ont pas toujours été accessibles, il a transformé cette immobilité en mobilité.

En France il reste beaucoup à faire. Les personnes handicapées sont encore trop souvent mises de côté, oubliées même dans les campagnes électorales. Certains politiques s’en préoccupent mais pas tous. Pourtant le handicap est l’affaire de tous. Aujourd’hui Philippe Croizon partage son expérience avec des salariés et des chefs d’entreprises. Il participe aussi à des colloques. Cette visibilité lui permet de donner de la voix à ceux qui en manque.

Le livre Plus fort que la vie respire la vie. Il donne envie de voir les films nager au delà des frontières et la vie à bras- le -corps et de lire ses autres publications.

Jessica Staffe

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