Alternative rock : De la SF sur fond de rock

Gallimard a lancé récemment une série de cinq ouvrages de science- fiction inspirés par l’univers du rock et par ses étoiles disparues trop tôt.  Chacun a une identité propre et se construit sur un monde fantasmé pétri de références rocks situé dans une dimension où l’inimaginable se réalise et où les plus grands mythes du rock reprennent vie dans un espace déjanté et loin de l’image que l’on connaît. Alternatives rock est un recueil de nouvelles où toutes les folies et plus folles illusions prennent corps. L’imaginaire y est sans limites et les rêves de passionnés de musique existent et s’articulent dans une atmosphère où l’irréel devient possible. Tous ces mythes y sont présentés comme des personnages sacrés dont le visage est humain.

Gorges R .R Martin a également collaboré à cette collection par l’écriture de son livre Armageddon Rag. Jean-Marc Ligny a quant à lui proposé la mort peut danser, Lewis Shiner a écrit pour l’occasion fugues et le temps du twist a été concocté par Joêl Houssin .

Rock-sf

Le douzième album : un autre Let It be?

Alternative Rock est un recueil composé de cinq nouvelles. Dans la première, les élucubrations de l’auteur ont fait immerger l’hypothétique douzième album des Beatles rêvé par deux ou trois de ces plus fervents fans   Elle montre que les Beatles ne cesseront d’inspirer les créateurs et que leur mythe n’est pas près de s’éteindre. Ils fascinent et fascineront toujours. Si il vous prend un jour de déambuler sur Abbey Road vous verrez l’ampleur de la légende. Les Beatles représentent un label qui rapporte. Ici ils permettent d’installer une atmosphère d’antan et surtout à deux amis de se retrouver pour pleurer la mort d’un de leurs amis. Cette histoire se fonde sur l’amour profond qu’il ressente pour la musique des Beatles. Leurs plus beaux souvenirs y sont associés. Stephen Baxter nous plonge dans une autre époque et évoque la mémoire d’un groupe que personne n’a oublié. A l’instar des Doors, des Rolling Stones ou de Janis Joplin, les Beatles incarnent parfaitement les années soixante dans leurs attitudes, leurs idéologies et la transformation du monde de la musique et l’engouement qu’ils ont suscité. Les éléments de SF se retrouvent dans la création de  cet album fantasmé qui aurait sûrement été le meilleur jamais produit par   les fab Four; Ce souhait révèle que l’auteur est aussi un fan des Beatles. Ce récit est déjanté, enlevé et nous emmène à bord d’un paquebot pour nous faire découvrir ce témoignage plein d’humour. Toutes les références nous font voyager dans une époque souvent remise au goût du jour. Ce récit est plutôt réussi simple et divertissant à lire. Les morceaux évoqués pourraient presque être la bande son de toute une génération baignée dans la British invasion et la transgression des codes musicaux et moraux.

En tournée : Quand la musique est bonne

 En tournée est la deuxième nouvelle de ce livre. A la sortie  de son avion Buddy Holly attérit dans un patelin isolé du monde. A Moorhead, il arrive dans un hôtel miteux. Ce motel de seconde zone n’est pas à la hauteur de son standing. Il ne comprend d’ailleurs pas comment il a pu vouloir chanterici. Ce lieu ne semble pas le satisfaire. Pourtant il lui réserve de bien belles surprises. Il se produira sur scène avec deux grands artistes restés dans nos mémoires : Elvis Presley et Janis Joplin. Cet incroyable exploit musical est traduit en mots par Gardner Dozois. Cet auteur a réussi a saisi les nuances de leurs répertoires. Des titres qui à l’époque étaient sur le point de devenir des tubes apportent à cette nouvelle une dimension messianique. Certaines musiques appartiennent aujourd’hui au Panthéon du rock et font parties des références musicales que possèdent tous les amateurs et les professionnels de la musique.   Janis Joplin habite la scène comme personne. Le public la réclame même si ses deux collègues ne la considèrent pas encore comme une grande. Elvis Presley bouscule les foules avec son swing mémorable et le public présent est absorbé par son jeu de jambes et par la musique qu’il dégage. Ces grandes têtes d’affiches ne devraient pas être dans ce coin perdu, Dans cette nouvelle, on voit aussi ses stars de la musique accrocs non seulement à leurs créations mais aussi rongées par leurs démons intérieurs. Cette réalité psychique les conduira à leurs pertes. Entre improbabilité et irréalité elle s’approprie complètement les codes de la Science Fiction. Rythmée et musicale, elle se transforme presque en une bande originale relatant un épisode musical intemporel mais qui s’écrit pourtant sous la plume de Gardner Dozois.

Elvis le Rouge : Quand Presley était communiste

Cette histoire relatée par Walter Jon William est peut-être la plus politique de toute et la plus barrée. Elvis Presley est au départ inconnu. Issu d’une famille modeste, son avenir dans la musique est loin d’être tracé. Ses parents surviennent à ses besoins tant qu’ils le peuvent.   Durant sa vie scolaire ses camarades se moquent de lui. Seul un garçon prend sa défense. Il deviendra son seul ami. Ensemble, ils vont apprendre les rudiments de la musique. Plus tard Elvis Presley se fera respecter grâce à la musique. Quand il joue tout le monde se tait. Cette réussite lui apporte beaucoup d’argent. Il met sa famille à l’abri. Il part sur les routes et mène une vie effrénée. Les excès le fatiguent et le rendent malade. Jusque-là rien de plus normal pour Elvis Presley. Le récit rejoint la réalité. N’oublions pas que l’originalité voire l’absurdité ne sont jamais loin. Tout réside dans le titre. Que vous évoque le rouge ? Une couleur sanguinaire et passionnelle pourquoi pas. Pour d’autres, elle illustre la séduction, la chaleur, l’Espagne ou encore les Torreros. Vous êtes loin du compte. Pour trouver la réponse il faut s’immerger dans les années 1950-1960. Un combat politique faisait rage à cette époque. Bah oui le communisme c’est évident. Dire qu’Elvis Presley avait adhéré aux thèses communistes c’est un peu farfelu mais plausible. Bien souvent pourtant, l’argent qu’il a touché le rapprocherait des capitalistes quoique. Après tout auprès de Yoko Ono John Lennon a épousé un mode de vie hippy alors Elvis Presley communiste ça se discute. Le plus drôle dans cette nouvelle est que cet engagement supposé aurait défini sa carrière. Tout le monde ne peut pas se prétendre marxiste- léniniste. Donner une dimension politique à ses chansons paraît pourtant éloigné des préoccupations réelles d’Elvis Presley. Dans un monde de science fiction tout est possible même les engagements politiques les plus improbables. Cet aspect politique donne du piment à cet écrit. Au fil des lignes on apprend à connaître Elvis Presley devenu Elvis le Rouge par son adhésion à la cause communiste. Ses idées prennent parfois le pas sur la réalité du show business et peu à peu il s’éloigne de ses buts et se perd quitte à laisser son statut d’idole de côté. Il porte l’étendard haut et fort quitte à se retrouver isolé. Le style est simple et repose sur des tournures efficaces et rythmées. Chaque mot est bien pesé. Tous ces aspects permettent à cette nouvelle de se lire rapidement tout en se divertissant.

 Un chanteur Mort : la résurrection de Jim Morrison

 Michael Moorcock nous livre une nouvelle qui nous projette dans une quatrième dimension. Surréaliste, elle colle parfaitement au personnage de Jim Morrison. Il a su s’accaparer les traits de cet icône du rock avec brio et parcimonie. Son style rajoute une dose d’humour et nous propulse dans un monde de science fiction éblouissant et et abracadabrant. Pourtant toute folle soit-elle, la situation décrite peut-être bien réelle.   Certains fans ou simplement désaxés pensent voir leurs idoles ou se griment parfois dans leurs personnages. Ils s’approprient leurs mimiques d’une façon déconcertante. Là il s’agit de la résurrection « d’un dieu du rock » alors bon c’est ou aussi fou. L’auteur a créé une pépite démente. Certains passages demeurent psychédéliques mais vu qu’il s’agit de Jim Morrison cela n’étonnera sûrement personne. Il n’hésite pas à pousser le délire jusqu’au bout. Encore une fois, les traits du caractère du Leader des Doors sont passés au crible  etrien n’est laissé au hasard. Ces hallucinations paraissent fascinantes et pourtant il semble à chaque seconde déconnecté de la réalité abruti par toutes les substances qu’il ingurgite. Les paradis artificiels apportent le côté démentiel voire surnaturel à cette histoire. Ces délires donnent lieu à des situations incongrues et prouvent aussi que Jim Morrison ne se fixait pas de limites Ce road trip décapant nous transporte jusqu’aux frontières du réel. Ce récit est peut-être le plus abouti de tous ceux qui sont présentés dans le livre. Cette nouvelle a tout pour plaire.

 Ce recueil  de nouvelles est à déguster sans modération et demeure une bonne alternative à l’ennui.

Jessica Staffe

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