Peut-on défendre l’égalité homme-femme sans être féministe ?

Le combat féministe prend plusieurs formes. Les principaux fondements de cette lutte repose sur l’égalité homme-femme et plus largement l’égalité des sexes. Il ne s’agit pas de guerre des sexes ni d’opposer les genres mais bien de se battre contre les différents diktats imposés par la société patriarcale. Ainsi, dans les groupes, associations, ligues, on trouve des femmes et des hommes. Pour construire une société équilibrée où chacun évolue avec les mêmes droits, les hommes doivent s’inclure dans cette lutte. Les mouvements féministes qui rejettent fondamentalement cette idée ne plaident pas pour leur cause, elles la desservent. Comme dans toutes les organisations hétéroclites, il existe des extrémistes. Comme en politique ou dans le domaine religieux, il semble impératif de combattre les extrémismes quelque en soient leur forme. Pour autant, dans la société actuelle dire que non n’avons pas besoin du féminisme représente un non-sens. Le but du féminisme n’est pas de faire des femmes des victimes mais de montrer qu’elles peuvent le devenir dans l’espace public, dans le milieu professionnel ou encore dans la sphère privée à cause du comportement abusif de certains hommes.

Les hommes ne sont pas les seuls responsables de ces inégalités, la société l’est tout autant. La reproduction consciente ou inconsciente des stéréotypes prouvent que beaucoup d’éléments restent à perfectionner pour permettre aux femmes de pouvoir jouir en pratique des mêmes droits que les hommes.

Voici pourquoi nous avons tous besoin de féminisme

Heureusement que des femmes et des hommes se sont mobilisés à chaque époque pour permettre à la société de se transformer. Sans leur acharnement, les filles ne seraient pas scolarisées et ne pourraient pas poursuivre d’études supérieures comme leurs homologues masculins, les femmes ne choisiraient pas leur voie professionnelle. Sans leur dévouement, elles n’auraient pas pu obtenir le droit de vote et devenir des citoyennes à part entière. Sans leur activisme, elles ne pourraient pas jouir d’un compte bancaire et être indépendante financièrement. Sans leur opiniâtreté, les femmes violées ne seraient peu pas reconnues victimes et écoutées, leurs agresseurs ne seraient peut-être pas jugées. Sans leur conviction, les femmes battues n’auraient pas été considérés comme des victimes et n’auraient pas accès à la protection qui leur est dû. Sans leur avant- gardisme, les femmes n’auraient pas eu le choix de la contraception et de l’avortement. Ils ont bravés les diverses incompréhensions pour que toutes les femmes puissent être libre. En France, en Europe, en Occident, dans le monde entier, de nombreux combats restent à mener pour qu’un jour les femmes deviennent réellement l’égal des hommes.

Les lois apportent un nouveau statut et aident à l’évolution des mœurs mais les mentalités sont lentes à se transformer. Aux vues de certaines attitudes, on remarque que la misogynie ambiante ne fait que révéler l’utilité du féminisme.

La culture du viol illustre les dérives contre lesquelles il faut se battre. Dans ce domaine, l’éducation sexuelle et l‘instruction s’imposent comme des bases pour instaurer une société plus égalitaire c’est pour ça que les ABCD de l’égalité partaient d’une bonne démarche politique. Leur abandon indique encore une fois que les stéréotypes de genre à l’école vont perdurer. Cette volonté politique s’est pourtant essoufflée rapidement. Les conservatismes ont la vie dure et tendent à arrêter les sursauts d’évolution. Que l’idéologie soit politique, religieuse ou morale, elle cherche juste à ne pas bousculer l’ordre établi donc la société patriarcale. Le plus étrange dans ses prises de positions rétrogrades  c’est que certaines soient tenues par des femmes. Ainsi des femmes peuvent-être s’opposer consciemment à des transformations sociales qui leurs sont bénéfiques ? étrange non

Le cas de Woman against féminism

Cet article de mademoizelle.com pointe du doigt un paradoxe. Ce mouvement se déclare anti féministe mais défend l’égalité des droits et lutte contre la victimisation dont souffre les femmes de la part de certaines féministes. Ce groupement serait-il féministe ? Dans tous les cas il agite les réseaux sociaux. Sa page facebook compte plus de 5000 j’aime et cette adhésion ne semble pas fléchir. Ainsi ce phénomène montre que certains individus ne se retrouvent pas dans le féminisme actuel. Ses membres sont-ils pour autant misogynes, sexistes ? Cette question est épineuse. Incrédule, nous pouvons l’être en voyant ce Tumbr. Ces femmes d’aujourd’hui semblant libres s’empressent de poster des photos pour expliquer leur opposition au féminisme actuel. Ces publications laissent perplexe. On se demande parfois si ce n’est pas une blague. Posant tout sourire, elles assument clairement leurs points de vue. Elles dénigrent les extrêmes mais en  s’en prenant à l’entièreté du mouvement féministe, elles desservent leur cause. Leur engagement est donc paradoxal. Elles disent défendre l’égalité homme-femme mais ne reconnaissent pas les difficultés, les indélicatesses, les violences dont sont victimes la plupart des femmes au quotidien. Il n’y a pas besoin de tenir des discours extrémistes et alarmistes pour déclencher un débat, il suffit juste d’ouvrir les yeux. Partout dans le monde les droits de l’homme sont enfreints y compris les droits des femmes. Ne pas le reconnaître c’est être aveugle et inconscient. . Certains de leurs arguments donneraient même raison aux misogynes et au défenseur de la société patriarcale

Voyez par vous-même….

Extrait de leur TUMBR

« Why I am against feminism (Anti-Feminism)

« Equal Rights exist, right now: Feminists are the only people who lose their minds with rage when you tell them that women already have the same exact rights as men. That’s not good enough. They want more. They desperately want to be victims. They want a privileged social position. »

  • « Helpless Victim Cult: Feminism promotes the idea that women are fragile damsels-in-distress who must be rescued by an external entity (the state/patriarchy) in order to be protected from having their feelings hurt by words that they disagree with. Feminism encourages women to think in terms of weakness. »

Réponse : Ce reproche va sûrement vous paraître exagéré. Quel mouvement féministe a proclamé qu’une femme était plus fragile qu’un homme? Fragile n’est pas un bon terme. Notre conception biologique est certes différente. Souvent les hommes ont une force physique plus importante. Une femme n’est pourtant pas un être fragile et sans défense mais face à un agresseur dont la force est plus grande, elle dispose de moins d’armes naturelles pour se défendre. Elle a donc les capacités de le faire mais elle peut éprouver des difficultés à l’exécuter. La plupart des féministes cherchent juste à montrer que les femmes victimes de violence morales, physiques ou/et psychologiques ont juste besoin de se sentir comprises. Elle ne cherchent pas à être des victimes mais à être reconnues comme des victimes. Ce statut leur permet de se reconstruire et d’entamer une nouvelle vie. Le féminisme encourage plutôt les femmes à se défendre et leur donne des clés pour évoluer plus librement et sereinement dans l’espace publique.

  • « Patriarchy Fantasy: There is no “Patriarchy” because a real patriarchy would not allow women to vote, divorce, go to college, have a career, live single, get abortions, etc. If this is a patriarchy, then it’s a pathetic patriarchy and attacking it is like attacking a little boy as if he were a man. »

Réponse : Dire que notre société n’est pas patriarcal c’est partir du principe que l’égalité de droits existe de fait. Si la loi mentionne cet état de fait, en réalité elle n’est pas toujours appliquée. En pratique, des inégalités hommes femmes ne cessent d’être démontrer tous les jours. La sphère politique en est l’exemple. Ne pas reconnaître cette situation c’est nier l’utilité même du combat féministe. Grâce à tous ces activistes, elles élisent leur représentants politiques, elles choisissent de travailler et se dessine l’avenir professionnel qu’elle désire. C’est aussi oublier que dans le monde du travail les femmes souhaitant avoir une bonne situation professionnelle doivent parfois faire de lourds sacrifices. La maternité représente souvent un frein à leur ascension. Une femmes jugée carriériste est souvent perçue comme l’incarnation d’un homme. Dans ce cas là elle souffre de manque de reconnaissance et n’est pas reconnu en tant que femme et à sa jste valeur.

  • « Gender Roles…only for men: Feminists claim to be against gender roles, but I see feminists doing nothing about men’s gender roles when it comes to working the hardest, most dangerous jobs in society. They seem perfectly okay with men being the majority of the homeless on the street. They don’t want to look at the bottom of society where they will find lots of men (along with women), thus ruining their “patriarchy” fantasy and their claims to victimhood (and stuff for free). »

Réponse : En tenant de tels propos, elles oublient que les femmes peuvent s’engager si c’est leur choix dans des carrières dites masculines. Elles peuvent devenir pompier, soldat, policière, conductrice de poids lourds, gérer un chantier et même faire de la politique. Sarah Palin peut en témoigner, elle qui est loin d’être féministe. L’argument de la victimisation n’a donc pas lieu d’être et paraît même incongru ici. Bien souvent elles luttent contre les préjugés. Pour trouver leur place, elles doivent déjà être accepté en tant que femme à cette place ce qui n’est pas gagner. Elles surmontent proportionnellement plus d’obstacle que leurs homologues masculins our atteindre leurs objectifs.

  • « Equal Pay is here… but it’s your choice: The “equal pay” claim is bogus and has been debunked. Any “average” differences in pay can be shown to come down to different choices in careers that have different earnings. The easiest way for women to “narrow the pay gap” is to train for engineering, computer science, and science-based career fields (the highest paying careers around). But they would rather complain. In fact, new research shows women are out-earning men in cities. »

Réponse : Les femmes gagneraient autant voire parfois plus que les hommes ah bon ? Vivons-nous sur la même planète. En tout cas pour la France, il est sûr que cet argument n’est pas recevable. Aux Etats-Unis la réalité est peut-être différente quoique. En France, les chiffres sont significatifs. Même si les écarts tendent à diminuer, ils demeurent énormes. A poste égal une femme gagne au moins 20% de moins qu’un homme. Les femmes sont aussi touchées par une plus grande précarité salariale. Elles subissent plus souvent les emplois à temps partiel ou des CDD. Même si la tendance s’améliore, peu de femmes sont à la tête des grandes entreprises ou à la tête des conseils d’administration. Dans la sphère privée, peu de pères choisissent de prendre un congé parental. La raison évoquée est souvent celle du salaire. Dans le domaine du travail comme dans la sphère privée beaucoup d’éléments sont en cours dévolution mais l’égalité est en marche. Dans l’état actuel des choses on ne peut pas dire que la femme soit l’égal de l’homme dans le monde professionnel.

  • « Hypocrites: Feminists preach against slut-shaming only to march in the streets calling themselves sluts. They scream against “objectification” but then objectify men for their abs, looks, money, and status. They claim to be for equal rights, but they only advocate for one gender. They claim to be for “choice” but they are constantly policing other women and telling what is “okay for women to do”. »

Réponse : Certes certains courants féministes extrêmes sont moralistes. Ils veulent imposer certaines normes. Ces idéologies sont clairement destructrices pour l’ensemble du mouvement. Le but comme je l’ai dit auparavant c’est que toutes les femmes puissent évoluer librement dans l’espace publique sans être juger sur leur tenue ni leur comportements. Une femme se fait d’abord belle pour elle-même, si elle attire les regards ce n’est qu’un bénéfice. Il ne faut pas que cette situation l’empêche d’être elle-même. L’emploi du mot salope renvoie aussi au combat féministe et au manifeste des « 343 salopes » paru dans le Nouvel Observateur en 1971.  Cette marche défendait l’avortement et aussi le recours à la contraception et à son remboursement. A cette époque où la liberté sexuelle était en marche, les femmes désirait avoir le droit de choisir de pouvoir enfanter ou non. Aujourd’hui, le droit à l’avortement est remis en cause. Il est important de rappeler que les hommes se mobilisent aussi. Ici il n’est donc pas question d’une lutte des genre mais d’une égalité homme-femme qui se fait avec les hommes et non contre eux.

Le mouvement «woman against féminism » fait actuellement la controverse. Loin d’être féministe, il prône d’une façon contradictoire l’égalité homme-femme, tout en amenant des arguemnts contre productif. Ce mouvement tend à grandir. Le féminisme est en plein bouleversement. Le but est de l’amener vers des horizons apaisés où tous peuvent trouver leur place. Pour se faire, il est important de remettre le féminisme en question pour ne pas laisser les anti féministes gagner du terrain et mettre à mal toutes victoires obtenues jusqu’ici. N’oublions pas la base : le but de tous mouvement féministe et de proposer des solutions garantissant toujours plus d’égalités aux femmes sans négliger les hommes.

Jessica Staffe

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