Du choix de l’angle journalistique ou l’erreur de 20 minutes.

Les femmes, les jeunes filles ayant subi un viol sont avant tout des victimes. Quelque soit les vêtements que l’on porte rien ne justifie de tels actes. Les hommes sont bien libres d’évoluer comme bon leur semble dans l’espace public. Qu’ils soient habillés en pantalon, en shorts, en bermuda, en jogging, en costumes en marcel, en chemise ou en t-shirt, personne ne leur reprochera leur tenue. Ils ne recevront aucune insulte ou aucun commentaire déplacés voire malsains. Au pire ils pourraient recevoir des critiques ou des moqueries d’individus qui n’apprécient pas leur style vestimentaire. Jamais, ils ne se feront siffler dans la rue comme un vulgaire chien. Jamais, ils ne supporteront des regards obscènes, des propos les transformant en un vulgaire bout de viande. Evidemment, les individus qui s’octroient le droit d’agir de la sorte ne représentent pas la majorité des hommes mais nous empêchent seulement d’évoluer aussi librement qu’eux dans l’espace public. En 2014, une fille qui se promène en mini-jupe et décolté peut-être considéré par certains à tort comme une fille ou une femme qui ne cherche qu’une seule chose. Non, si un matin elle décide de s’habiller de la sorte c’est avant tout pour se faire plaisir. Son but n’est pas uniquement de séduire un homme mais d’abord de se plaire à elle-même. Elle ne cherche pas non plus à se faire violer mais qui le voudrait ? 

Les femmes, filles violées sont avant tout des victimes

L’été est une période où le temps nous permet de pouvoir afficher des tenues plus légères certes mais pas forcément aguicheuses. La légèreté d’un haut, d’une robe ou d’une jupe n’a pas pour but d’attirer les regards mais nous permet de respirer. La vulgarité d’un vêtement n’est pas dû ni àsa longueur ni à à sa coupe mais seulement à la façon dont il est porté et l’attitude de la personne qui le met en valeur. Une femme en jean peut être aussi vulgaire qu’une femme en mini-jupe. Tout est une question de point de vue. En aucun cas telle ou telle tenue peut inciter un homme à violer une femme. L’homme qui agit de la sorte est habité par les plus bas instincts et souffre surement de gros problèmes psychologiques. L’homme violeur est coupable et peu importe la tenue que porte sa victime. Rien ne peut justifier de tels actes. De tels comportements ne méritent qu’une seule chose :être condamnés à leur juste valeur.

Si l’été il y a plus de viols, ce n’est pas dû à nos tenues plus légères mais à l’idée qu’elles suggèrent. Certains pensent que nous sommes plus ouvertes et plus promptes à la séduction mais rien ne change entre l’été et l’hiver sauf la température ! En été, on se sent aussi plus libres, les vacances nous font oublier nos soucis. Même si nous faisons preuve de relâchement dans cette période, cela ne signifie pas forcément que nous sommes prêtes à tout et surtout pas à se faire violer. Si les statistiques montrent que durant les mois d’été les viols sont plus nombreux c’est sûrement parce que les hommes qui commettent de tels crimes ne croient plus en droit de le faire mais les tenues légères ne sont qu’un faux prétexte. Quelque soit la tenue présentée, ils auraient agi de la sorte.

Une faute journalistique ?

Les statistiques ont bon dos. On peut leur faire dire ce que l’on veut. Le résultat dépend aussi des conclusions que l’on tire des chiffres mentionnés. Je trouve cela honteux, irrespectueux voire scandaleux que 20 minutes ait posté cet article. Intitulé «Pourquoi les agressions sexuelles sont plus nombreuses en été », son contenu est plus que contestable. L’angle choisi n’est pas digne d’un journaliste. Sans promouvoir le viol, il minimise la place des victimes. Jugées comme responsables de leurs tenues indécentes, leur souffrance n’est pas reconnue et les auteurs de ces actes en sont quasiment dédouanés. Comment un journal comme 20 minutes a-t-il pu tomber dans cet écueil? Pourquoi le journaliste avance-t-il de tels propos?

Le pire dans tout ça ce ne sont pas les statistiques utilisés pour prouvé le bien fondé des prises de position du journaliste mais les propos recueillis par ce professionnel des médias. Quoiqu’il ose dire ceci « Ce n’est pas vraiment que les agresseurs sont plus nombreux durant l’été. C’est surtout que les victimes potentielles adoptent plus facilement des comportements dits «à risque». Ces dires me paraissent choquantes et ne devraient pas apparaître dans un journal gratuit ni dans n’importe quel autre média d’ailleurs. Mais pour qui il se prend ? Outre le fait que ce ne soit pas très professionnel, je ne pense pas non plus que ce ne soit très éthique. Le rôle d’un journaliste est de relater des faits de société en cherchant à éclaircir la vérité et à pointer du doigt les problèmes. Ici il révèle des évènements mais ne se place pas du côté des victimes. Peut-être ont-elle été inconscientes mais elles ne méritaient en rien ce qui leur ait arrivé. Utiliser un discours moralisateur ne change pas la réalité des choses. En plus ces dires apparaissent embarrassantes. Ce n’est pas tout. Pour prouver qu’il a raison, il rapporte les paroles d’un expert «  «On consomme plus d’alcool, on sort plus tard et avec la chaleur, on est vêtu de façon plus légère», tranche-t-il. » Ne se rend-il pas compte que ces dires induisent certaines idées. Elles cautionneraient presque les viols. Certes ces paroles peuvent être considérés comme une explication mais certaines personnes mal intentionnées peuvent le comprendre autrement et en profiter pour commettre ces crimes.

20 minutes a fait une faute en publiant cet article. Cette négligence si s’en est une est malheureuse et n’est pas digne d’un quotidien même gratuit. Aucun média ne doit prendre le viol à la légère et surtout ne pas répandre de vieux stéréotypes destructeurs pour la mixité de l’espace publiques, les libertés et l’égalité homme- femme.

Jessica Staffe

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