Minuscule, majuscule

Tout commence par un pique- nique bucolique. Un couple profite d’une belle journée pour s’offrir une pause gourmande. Problème la femme est sur le point d’accoucher. Pressés par l’événement, ils partent en  catastrophe à la maternité et laissent derrière eux une boite à sucre et une partie de leur repas.  Cette boite à sucre deviendra au fil du film l’enjeu de la guerre fratricide entre des fourmis noires et une colonie de fourmis rouges. Les combats sont rudes pour gagner le graal. Véritable film d’aventures, Minuscule suit le parcours des fourmis noires défendant leur trésor contre l’envahisseur. Du haut ou de l’intérieur de la fameuse boîte, elles traversent une nature parfois hostile et bravent les caprices du temps. Une coccinelle vient se joindre au combat et devient l’héroïne de Minuscule.

De l’anthropomorphisme

Minuscule : la vallée des fourmis perdues s’apparente à une ode à la nature. Courageuses, les fourmis noires  sont emportées dans des chutes d’eau et finissent leur course folle au fond de la rivière. Grâce à toutes ces péripéties  rocambolesques, le spectateur voyage dans la forêt, les montages, les ruisseaux et les rivières.A chaque seconde il en prend pleins les yeux. Cette nature foisonnante de toute beauté nous garantit un véritable spectacle. A travers ce cheminement héroïque, les adultes retrouvent leur âme d’enfant.   Ce montage humaniste respecte les insectes. Chacun d’entre eux vit dans son habitat naturel. D’habitude malaimées, ces bestioles apparaissent humaines.  Cet anthropomorphisme permet à ces fourmis de réaliser des exploits et de vaincre leurs ennemis.  Vaillantes  et téméraires, elles dépassent leurs limites et mènent un combat sans merci pour protéger leur territoire.  Pour réaliser leur dessein,  elles s’allient avec une gentille coccinelle. Ce pacte d’amitié  prouve que ces insectes sont aussi animer d’humanité. La coccinelle se surpasse pour aider ses nouveaux amis et apprend même à voler. Cette évolution fait aussi de Minuscule, un parcours initiatique  à travers lequel les insectes grandissent  et atteignent l’âge adulte. Les bruitages sont incroyablement bien faits et  correspondent parfaitement à l’univers naturel décrit. Ce film d’animation muet donne véritablement la parole aux insectes.

De la nature comme si nous y étions

Hélène Giraud et Thomas Szabo ont  tourné des images sublimes dans les parcs nationaux des Ecrins et du Mercantour. Ce voyage extraordinaire au cœur de paysages somptueux nous conforte dans l’envie de suivre les fourmis dans leurs parcours initiatique. Le cinémascope et la 3D apportent du réalisme au film.  Grâce à ces principes, nous pénétrons réellement au cœur de la nature et nous pouvons aussi nous identifier à chacun de ces insectes. On y découvre leur langage et leur organisation. Entre documentaire animalier et film d’animation, on pourrait le comparer aisément à Microcosmos ou 1001 pattes et Fourmiz. Il transforme le monde microscopique des insectes en un univers macroscopique. Chaque insecte y trouve sa place. On côtoie à la fois des fourmis, rouges, des fourmis noires, des coccinelles, des papillons, des lombrics, une grenouille, une araignée et j’en passe. Minuscule : la vallée des fourmis perdues représente la richesse de la nature, sa complexité et ses enjeux. Il n’y a pas que les hommes qui se font la guerre.

 A la guerre comme à la guerre

 Le monde des insectes a aussi ses règles. Quand une boîte à sucre se trouve sur le chemin des fourmis noires et d’une colonie de fourmis rouges, ça sent le combat épique et ce n’est pas peu dire. La bataille s’annonce difficile et déséquilibrée. Les fourmis rouges arrivent par milliers et forment une véritable armée. Elles sont prêtes à en découdre. Le butin est à portée d’antenne.  Chaque camp se prépare à l’assaut. Tout est une question de stratégie, d’intuition et de calcul. Les plus nombreux ne sont pas forcément les meilleurs. Celui qui aura trouvé la meilleure tactique l’emportera. Une boîte d’allumettes est une arme comme les autres. Entre feux d’artifice et  explosions,  une bonne partie des techniques de guerres est revisitée lors de cet affrontement destructeur. Qui va gagner. Tous les scénarios sont possibles et envisageables même si bien souvent dans les films en tous cas le bien finit par triompher.

 Minuscule : la vallée des fourmis perdues est une véritable réussite visuellement parlant. Tout y est magnifique et grandiose même l’araignée  semble mignonne. Hélène Giraud et Thomas Szabo ont réalisé un travail minutieux et ont su donner à l’univers des insectes ses lettres de noblesse. La splendeur des images est renforcée par une musique sublime  qui valorise complètement les paysages filmés. Sous la patte d’Hélène Giraud et de Thomas Szabo Minuscule devient majuscule. Cette oeuvre prouve que les studios d’animation français sont capables de créer de véritables pépites. Ce film aura peut-être le même succès que la série du même nom.

Projeté dans les salles obscures française de puis  le mercredi 29 janvier, une sortie internationale est déjà prévue. On espère que cette mise en valeur lui profitera et qu’il brillera lors de prochains festivals.

Jessica Staffe

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