Le vent se lève : l’ultime création de Miyazaki

Hayao Miyazaki tire sa révérence à 72 ans. Avec le vent se lève, il nous offre comme une œuvre testamentaire.  Cet ultime témoignage artistique marque une certaine rupture dans la continuité. Teinté d’onirisme, ce film d’animation est habité par un réalisme historique.  Tout son souffle créatif résonne dans cette création. Ces personnages apparaissent avec une grande maturité et  une certaine sagesse d’esprit. A la fois sensibles, humanistes et créatifs, ils savent donner corps à leur rêve. Ils se donnent tous les moyens pour y parvenir même si l’époque n’est pas la meilleure pour réaliser leurs plus grandes ambitions. Plongé dans l’histoire de leur pays, ses personnages écrivent leur propre  histoire et deviennent des héros.

Porté par son rêve et son talent d’ingénieur JIro va se réaliser en tant qu’homme.

Sans fausses  notes  Miyazaki  saisi parfaitement l’humanité de ces êtres qui ont fait grandir leur nation parfois jusqu’à l’implosion.  Le maître de l’animation japonaise emprunte le titre de son film à Paul Valéry : « Le vent se lève et  il faut vivre ». Cette phrase revient comme un gimmick dans le film et résume parfaitement l’œuvre de Miyazaki.

Pas de petites histoires, que de la grande Histoire

Engagé en 1927 par une grande société aéronautique, Jiro traverse les vicissitudes de l’Histoire. Il grandit aussi au travers des expériences qu’elle lui inflige. Au moment de la grande dépression, Jiro est contraint de partir en Allemagne puis il revient pour participer à l’effort de guerre et voit son pays tant aimé rentrer  dans le second conflit mondial. Ce réalisme considéré par les critiques comme adulte montre que Miyazaki a voulu inscrire son récit dans son histoire personnelle.

Adorant l’aviation, il a souhaité aussi rend hommage à un grand ingénieur nippon. Ce témoignage lui permet aussi de traiter une partie de l’Histoire de son pays sans juger les points de vue de chacun. Miyazaki a révélé que derrière la grande Histoire se cachait de grands hommes et que les petites histoires ont construit cette grande Histoire. Il  n’y a pas de bons ni de méchants. Il ne porte aucun jugement critique sur l’engagement de son pays dans la seconde guerre mondiale.

A travers ses coups de crayons furtifs et maîtrisés, il a traduit la violence de la haine et la destruction qu’elle engendre. Pour lui, cette incompréhension mène à l’absurdité. Les effets spéciaux illustrent le côté tragique et cynique de l’espèce humaine. D’autres parts, le vent a une signification. Il revient comme un leitmotiv. Oiseau de mauvaise ou de bonne augure, il apporte autant les bonnes  que les mauvaises nouvelles. Il emporte tout sur son passage et balaye toutes les certitudes auxquelles nous sommes attachés. Il nous rend malade autant qu’il nous pousse à aller de l’avant. Il nous oblige à regarder au-delà  des apparences et des préjugés. Il se lève, souffle et disparaît comme il est venu. Symbolique, il prouve que nous sommes si peu sur terre et que la nature est une force que nous ne pouvons pas complètement contrôler. Il est le fruit de la rencontre poétique de Jiro et Nahoko mais est aussi annonciateur de la mort de Nahoko.  Ce tremblement de terre dans la vie de Jiro, l’attristera autant qu’il lui servira d’inspiration.

Jiro et Honjo participent au progrès de l’aviation japonaise. Ils se forgent dans leurs propres échecs. Alliant leurs potentiels, ils donnent un nouveau souffle et de nouvelles ailes à l’industrie aéronautique japonaise. Grâce à leurs compétences en ingénierie, ils concrétisent leurs ambitions. Cette avancée technologie est précurseur du progrès du Japon vers une ère moderne  Grâce à eux il est ainsi rentré dans la cour des grands.

Les soubresauts de l’Histoire sont marqués par des tempêtes ou des vents violents. Cette métaphore chronique offre une dimension cathartique et nous amène aussi à nous questionner. L’Histoire de Jiro peut être celle d’un héros des temps modernes.

 Jiro, un destin quasi héroïque 

Le destin de Jiro évolue en fonction de la période historique. Il traverse les deux guerres  et les aléas qui ont conduit le monde à sa propre destruction. Jl trace son chemin pour parvenir à réaliser son rêve. Ingénieur de formation, il conçoit des avions.  Son objectif n’est pas de les créer pour l’armée nipponne mais ses compétences font faire de lui un élément important de la conception des avions de l’armée de terre japonaise. Doué et animé par sa passion qu’il nourrit deuis sa plus tendre enfance, Jiro se laisse porter par le vent qui le porte vers la reconnaissance. Idéaliste et humaniste, il n’est pas l’archétype de l’ingénieur engagé soutenant l’effort de guerre. Il offre ses services à l’armée mais ne partage en aucun cas la vision belliqueuse de son pays. Il pense même que le conflit avec la Mandchourie et le rapprochement du Japon et de l’Allemagne nazie ne va conduire qu’à la destruction du pays du soleil Levant.

Humaniste, il  incarne plutôt le pacifisme et l’idéalisme. Il croit en la modernité et rejette complètement toute idée de guerre. Pour lui  « Les avions ne sont pas faits pour la guerre, ni pour les affaires. Les avions sont des rêves auxquels les ingénieurs donnent vie. ». La vie est  pour lui un cadeau du ciel. Il a su rêvée sa vie pour qu’elle devienne un rêve. Ce rêve ressemble à une poésie. Il se  réalise autant au niveau professionnel que personnel.

Ses deux passions sont construites sur l’onirisme, l’entièreté et la beauté des sentiments. L’admiration de ses ainés lui donne des ailes. Lors de ses évasions, il rencontre Giovanni Caproni dont il s’inspire pour  construire ses avions. Ces rêveries annoncent son destin et le galvanise pour le restant de ses jours. Son histoire avec Nahoko est aussi empreinte d’un lyrisme. Amoureux passionné, il fait tout pour la soigner. Atteinte de la tuberculose, ses jours sont comptés. Nahoko revit aussi grâce à l’amour que lui porte Jiro. Elle s’anime puis finit par quitter ce monde trop difficile pour elle. Sa disparition est aussi légère que le souffle du vent.  Cette métaphore de la mort est magnifique. Sans fausse note, elle traduit la perte d’un être cher sans tomber dans l’exaltation de la tristesse. Tous les sentiments sont exprimés avec une certaine retenue. Cette attitude donne de la gravité et de la profondeur à ce film.

Des images sublimes et fortes en émotion

Naturaliste, il peint les paysages à la manière des peintres. Chaque  nous plonge dans un état contemplatif. La beauté naturelle nous saute aux yeux. Tous les effets de style contribuent à enrichir l’œuvre de ce génie. Ils nous emportent jusqu’au bout du film. Inspiré, le trait se fait léger et  réaliste. Au fil des images, les personnages prennent leur envol. Ils s’animent jusqu’à devenir grand. D’ailleurs la plupart des personnages se rapportent au monde adulte. Ils apparaissent plus réalistes qu’habituellement. Cette dimension rappelle la situation tragique dans laquelle se trouve le Japon. Il est temps de quitter le monde de l’enfance. Pour autant l’innocence de l’enfance reste présente et se marie parfaitement à la folie des adultes. L’une adoucit l’autre.

Des couleurs vives et chatoyantes apportent une certaine gaieté et une forme de légèreté quand les teintes foncés amènent la noirceur des propos et le tragique de la situation. Tout est une question  d’équilibre. Tout est savamment orchestré. Des scènes bucoliques côtoient des scènes d’explosion.  Chacune d’entres elles regorgent d’une émotion. Aucune n’est en trop. Elles traduisent des émotions différentes.  Tout au long du film on passe aisément du rire aux larmes. L’effroi nous parcourt parfois l’échine quand les bons sentiments ravivent en nous une part de romantisme.  On vibre et on partage les émotions ressenties par les personnages. Cette empathie fait de ce film une création humaniste. Le parcours héroïque de Jiro évoque aussi le vie de Miyazaki.

Le vent se lève, l’ultime création de Miyazaki réprésente l’achèvement de son œuvre. Elle traduit toutes les  aspirations de son auteur. A la fois tragique, onirique et humaniste elle demeure dans la continuité de ces autres productions. Celle-ci est peut-être plus aboutie. En tous cas, elle apparaît plus adulte. Ce dernier souffle créatif  a donc manifestement bousculé les esprits et surpris une partie du public. Le résultat s’avère bouleversant bin qu’un peu long par moment.

Interview  d’Hayao Miyazaki

Jessica Staffe

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