Les propos d ‘Yelena Isinbayeva et les lois homophobes russes

L’année prochaine, Sotchi accueillera les prochains jeux olympiques d’hiver. En attendant Moscou fête l’athlétisme. Les mondiaux sont l’occasion de voir les plus grands champions concourir pour les plus hautes récompenses. Yelena Isinbayeva est l’une de ces championnes que l’on respecte pour ses performances.

Elle a su briller et remporter la médaille d’or en saut à la perche. Ses propos sont écoutés avec intérêt par le  public et décrypter par les spécialistes. Mercredi dernier, ils n’ont pas fait l’unanimité.

Les lois homophobes russes

En juin dernier le président Vladimir Poutine a promulgué deux lois homophobes.  Toute  «propagande des relations sexuelles non traditionnelles» est interdite. Cette loi a été votée pour protéger les mineurs. Les étrangers risquent une amende de 2500 euros, une peine d’emprisonnement et une expulsion du territoire quant aux russes ils devront s’acquitter d’une amende de 1500 euros. Ces règles privent les gays et les lesbiennes russes des mêmes droits que les couples hétérosexuels. Elle stigmatise l’homosexualité et ne reconnaît pas la liberté sexuelle. Il n’y a pas de choix mais l’obligation d’être hétérosexuel.

Elle  prouve que les autorités russes soutiennent une idéologie conservatrice loin de la modernité et n’évolue pas vers une politique respectant les orientations sexuelles de chacun. Elle ne punit en rien les actes homophobes.

La seconde empêche purement et simplement les couples homosexuels d’adopter des enfants. Cette reconnaissance étatique ne facilitera pas l’action des associations gays et lesbiennes et les rend quasiment clandestins. Il leur sera difficile de continuer à sensibiliser la population russe contre l’homophobie. L’Etat russe devient presque complice de l’homophobie de ses concitoyens. il ne les condamne en rien.

Ces nouvelles restrictions de droits  rappellent également le procès des Pussy Riotts qui avait ému la communauté internationale. En Russie, l’homosexualité était un crime jusqu’en 1993 et considérée comme une maladie jusqu’en 1999. Choquantes pour un pays qui tente de se rapprocher de l’Union Européenne. elles vont à contre courant de toutes les décisions récentes prises en France, en Uruguay et depuis des années en Espagne, en Belgique qui accordent les mêmes droits aux  couples homosexuels qu’aux hétérosexuels.

Des libertés bafouées en Russie

La Russie souvent montrée du doigts pour son non respect des libertés fondamentales (liberté de vote, d’expression, de presse…) suit une politique réactionnaire. Ce manque d’ouverture de la société russe paraît préoccupant et n’est pas de bon augure pour la prochaine organisation des jeux olympiques de Sotchi. Ce choix crée la polémique et commence à remuer les athlètes. Certains demandent clairement le boycott de cette manifestation. D’autres défendent l’organisation des jeux tout en dénonçant l’attitude du gouvernement russe. Les championnats du Monde d’athlétisme se déroulent en ce moment à Moscou Cette rencontre sportive représente un moyen d‘exprimer son désaccord avec les prises de positions de Vladimir Poutine. En soutien aux mouvements gays et lesbiens, des athlètes ont arboré le drapeau arc en ciel. Ce n’est pas le cas d’Yélena Isinbayeva. 

 Yelena Isinbayeva homophobe ?

« Chez nous, une relation, c’est entre un homme et une femme »

« Tout le monde doit suivre cette loi, a insisté la double championne olympique. Les relations sont privées, ça ne doit pas être montré en public et ça ne peut pas être respectable en Russie. »

« Nous sommes inquiets pour notre nation car nous nous considérons comme des gens ‘normaux’, a-t-elle poursuivi. Chez nous, une relation, c’est entre un homme et une femme. […] Nous n’avons jamais connu ces problèmes en Russie et nous ne voulons pas en avoir dans le futur. »

Ces déclarations choquantes  vont dans le sens de Vladimir Poutine mais à l’encontre de la charte olympique. Cette charte interdit toute discrimination d’ordre sexuel.  Ces dires ont été ensuite atténués par un communiqué publié par la championne. Elle s’excuse de son dérapage et ajoute qu’elle s’oppose à toutes discriminations : « Je suis opposée à toute discrimination contre les homosexuels, qui se base sur la sexualité ». Ce retour en arrière révèle-il un apaisement ?

Ce revirement ne change rien au discours violent qu’elle a tenu. Clairement homophobes, ses mots sont porteurs de sens. Son rang de championne la place peut-être en porte- à faux. Officiellement, elle ne peut pas forcément critiquer ouvertement Poutine au risque de rencontrer des difficultés et d’être menacée. Son aura lui confère pourtant du poids et sans être politisée et servir telle ou telle autre cause, elle peut au moins défendre des idées plus libertaires. Sans être une force d’influence, son point de vue reflète le conservatisme de la société russe en matière de sexualité. Cette question sociale est éminemment politique et conduit à des clivages. D’ici les jeux de Sotchi, des actions vont sûrement être menées en vue du boycott des jeux olympiques. Ces coups de force, s’ils y en a dévoileront tout au plus le problème. Des langues se délieront.  Au fond, ils n’empêcheront en rien la tenue de cette manifestation sportive mondiale.

En 2008, des opérations avaient été lancées en vue de perturber les JO de Pékin. Quelque soit la portée de ces actions, elles n’ont  pas gêné le déroulement des épreuves.

Le sport reste un porteur d’espoir. Il permet à un peuple de s’unir malgré les divergences. Dans certains cas, il ouvre des dialogues et joue le rôle de trait d’union entre lees différentes composantes ethniques d’une société. Les jeux de Sotchi seront un moyen comme un autre de dénoncer les excès de la politique de Vladimir Poutine et peut-être l’occasion de lancer un vrai débat d’idées dans le pays pour imposer une vision sociétale plus universaliste respectueuse du droit de chacun.

Jessica Staffe

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