Cardet: Un vrai imposteur pour une fausse imposture du rap

L’Effroyable imposture du rap est prônée par son auteur Mathias Cardet comme une histoire du rap. Très souvent considéré comme le livre noir du rap, cet ouvrage s’attaque surtout à dénoncer des ravages et les excès du rap business à l’américaine. Conscient il perpétue les clichés que nous connaissons.  Sans comprendre l’origine du problème et sans donner de solution viable pour transformer ce courant musical. Il n’apporte que des éléments négatifs pour prouver que son point de vue est le bon. En lisant on oublierait qu’autour du rap, il  y a aussi tout un pan de la culture Street Art et hip hop.

Cardet ne dénonce que l’industrie du rap et les dérives du rap business

Ce courant musical est le plus écouté au monde ce n’est pas seulement à cause de l’image du rap business mais parce qu’il véhicule aussi une culture de rue dite de pauvres. Elle cherche à s’ériger contre la culture de l’élite bien-pensante. Elle est souvent stigmatisée et renvoie à une réalité violente, celle des ghettos et des gangs américains et celle des banlieues françaises. Dans cet essai, Cardet ne montre que l’envers du décor. Il ne va pas au bout des choses. Au lieu de s’appliquer à expliquer les raisons du « naufrage » Il ne fait que parler  de l’hédonisme  des rappeurs intéressé par trois choses : l’argent, les femmes, la drogue. Elle repose sur la philophie d’Herbert Marcus: Peace Love Unity and having fun» .

Cette vision est certes réelle mais tronquée. Cette image marketing fait vendre et a sûrement de beau jour devant elle mais elle dénature l’aspect créatif.

Derrière ce business florissant qui fait couler beaucoup d’ancre, il existe des artistes. Avant d’être gagné par le star system, ils utilisent leur plume et leur son pour s’exprimer. Certains rappeurs ne donnent pas le bon exemple en sacrifiant la langue quand d’autres se servent de leur plume comme arme pour dévoiler une réalité loin d’être rose, leur vérité.

Une histoire tronquée

Sa démonstration commence bien pourtant. Dans la première partie,  Cardet s’évertue à décrire les racines du rap. Les années 1960 en sont son berceau. Cette période est marquée par la lutte des droits civiques incarnés d’un côté par Martin Luther King et de l’autre par Malcolm X. Dans ce combat acharné pour l’égalité, il ne faut pas oublier Angela Davis devenue l’égérie féministe du Blacks Panthers Party. Cette femme et ses acolytes sont décrits comme de simples hédonistes dont l’engagement  n’est motivé  que par le «peace and love». Quoique divisé, ces mouvements ont participé à l’émancipation des noirs. Par cette vision limitée, ces activistes paraissent moins politisés qu’ils en ont l’air. Sans eux Obama ne saurait peut-être  pas Président des Etats-Unis. Cardet dévalorise l’ensemble de ses groupes en usant de la théorie du complot. A la  fois le pouvoir, le FBI, l’industrie musicale seraient derrière cette instrumentalisation et cette manipulation des masses. La Publicité et MTV ne sont pas épargnées  Selon lui, ils auraient  été récupérés par la gauche bien pensante américaine. Ce n’est que le début de cette vaste imposture. Le rap aurait été créé justement pour que la contestation noire s’arrête.

Cardet prétend avoir écrit une histoire du rap. Ce pamphlet n’est pourtant jamais sourcé. Aucune note de bas de page ne vient accréditer son propos. Il ne s’est fondé sur aucune recherche.

Des rappeurs, des méchants capitalistes ?

Déçu par le rap, ce livre ne délivre qu’une partie de l’icebereg peut-être la plus négative. Pour lui, le rap underground souvent plus engagé n’est en fait qu’un leur. Tout ceci n’est qu’une vaste blague pour contrôler des esprits faibles considérés par Cardet comme dénués de réflexion. En tenant ces propos, il tente de justifier son rejet du rap.  Pourtant, cette vision est tronquée.

Comme pour tous les styles, il existe une industrie globalisante qui donne à voir ce qu’elle veut montrer.  Grosses caisses, accessoires clinquant (bling bling), lunettes noirs, glamour et sexe sont la marque du matérialisme. Cette idée n’est-elle pas simplement la matérialisation et la volonté de profiter de l’ « american way of life » ?

Les rappeurs ne se sont jamais cachés d’exploiter les filons du capitalisme pour réussir et rester en haut de l’affiche. Jay Z en est l’exemple. La publicité les utilise comme fer de lance comme ils utilisent  la publicité pour toucher un public vaste et imposer leur style. C’est du donnant –donnant.  C’était aussi un moyen pour eux d’ accéder dans une société où leur place est difficile à prendre.

Vendre des clichés, c’est la solution de facilité pour éviter aux auditeurs de pouvoir réfléchir efficacement. L’auditeur est un simple consommateur peu préoccupé par sa citoyenneté.  A côté coexiste, des labels indépendants souhaitent vendre une image plus positive et plus réaliste. Etant moins audible, ces artistes sont moins représentés et surtout moins médiatisés.

Malheureusement, Cardet n’en tiens pas compte dans son réquisitoire. Ses dires sont loin d’être mesurées. Très convaincant, il cherche avec parcimonie à son transmettre un discours dépréciatif sur un univers qu’il semble connaître à la perfection. Les novices n’y verront que du feu. Les aficioandos  y verront une tromperie.

Pour Cardet le rap a perdu ses relents contestataires d’origine et l’engagement de Zulu Nation apparaît lointains. Des groupes comme IAM continue de déverser une prose engagée pour ne citer qu’eux. L’opinion publique préfère s’intéresser  aux altercations de Booba, Rohff et La Fouine. Plus vendeuse, elles ramènent surtout aux clichés du Gansta Rap d’origine.

Lire ce livre permet d’avoir un aperçu de la construction de la culture hip hop et plus particulièrement du rap.  Les origines permettent de comprendre pourquoi on en est là aujoiurd’hui. Comme tout aperçu son ouverture n’est pas complète. Elle nous laisse sur notre faim. Ce titre très commerçant ne sert que d’appât. En voulant se montrer contestataire, Cardet finit par être « mainstream ». Le rap n’est pas plus une imposture que lui un imposteur.

Jessica Staffe

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