Attentats au marathon de Boston: de la médiatisation en continu

«Il se passe quelque chose grâce à nous vous pouvez le vivre », cette phrase a été prononcé par Céline Pigalle, directrice de la rédaction d’I Télé sur le Plateau de  médias le magazine. Elle représente la promesse des chaînes d’information en continu.  En France deux grands canaux principaux  BFM TV et ITélé se partagent les parts du gâteau (ne pas oublier France24 et Euronews dont l’audience est moindre). Cette semaine, elles ont couvert heure par heure voire minute par minute les attentats perpétrés au marathon de Boston afin d’en saisir l’ampleur et de transmettre les premières images et les premières informations marquantes.

Les attentats de Boston sur BFM TV

Le marathon de Boston endeuillé images I Télé

Pendant plus de  17 heures les images des attentats de Boston ont été diffusées en boucle sur l’antenne de BFMTV et I Télé.  Les correspondants étrangers sur place ont enchaîné les directs. Ils ont fait un point sur les évènements afin de nous informer sur l’avancement de la situation sur place. Ce «breaking news» permanent a occupé l’antenne. Comme souvent de nombreuses hypothèses ont fleuri.

Rumeur quand tu nous tiens

Juste après l’attentat à l’arrivée du marathon de Boston, les journalistes français  commençaient déjà à parler d’attentats terroristes perpétrés soient par des membres d’un réseau local ou international. Dès le début, les analystes ont cherché à comprendre les causes et à identifier les conséquences politiques de cet acte.  Cette démarche demande pourtant un certain recul par rapport à l’événement. A chaud, les journalistes ne peuvent que supposer des théories sans rien assurer.

Certaines informations ont été reprises sans être vérifiées au préalable.  Des professionnels des médias ont cédé à la rumeur sur le nombre possible de bombes (il n’y en avait que deux et pas cinq).

Plus le temps passe plus la rumeur s’accroit. Il a fallu un démenti officiel du gouverneur du Massachussetts pour clarifier la vérité et faire le tri dans tout ce qui avait été annoncé précipitamment.

Démenti du Gouverneur du Massachussetts sur BFMTV

Cette première montre que dans des situations de crise, dans la course à l’information, les directeurs de rédaction ne prennent pas toujours toutes les précautions avant de diffuser un reportages ou un plateau en direct. François Durpaire, historien spécialiste des Etats-Unis  reconnaît «avant on venait simplement pour donner l’information, maintenant on vient pour la corriger». Cette nouveauté illustre un malaise. Dans la volonté de tenir un scoop ou simplement de divulguer une information en premier, certains médias sont près à tout quitte à ne pas faire complètement leur travail de vérification.

La rumeur n’a été démentie que 17 heures après. Ce timing révèle une dichotomie entre le temps de l’actualité en continu et le temps de l’enquête policière. A trop vouloir informer, les médias ne nous désinforment-ils pas ?

 De la spéculation pour tenir l’antenne

Comme le rappelle Karim Lebhour , correspondant à Boston pour I Télé «On a très peu de temps, en direct  toutes les heures et demie ou toutes les deux heures voire toute les heures, difficiles de rechercher l’information, de la vérifier ». La dictature de la rapidité à laquelle  sont soumises les chaînes d’information en continu ne va pas de pair avec l’investigation. L’investigation demande du temps quand les canaux d’actualité en continu ont besoin d’images fortes ou de discours pour faire de  l’audience et battre leurs concurrents.

Dans des cas comme celui des attentats de Boston, les correspondants étrangers sont fortement sollicités qu’ils aient ou non de l’information à communiquer. D’éditions en éditions, les informations sont répétées ou ajustées en fonction des dernières nouvelles. Aux premières heures d’un tel événement les informations tombent au compte goutte.  A ce moment précis, les correspondants aux Etats-Unis et l’équipe à Paris n’avaient que très peu d’informations concrètes. Comme le reconnaît Ulysse Gosset, spécialiste des Etats-Unis pour BMFTV : «A Paris c’est vrai on a cherché tout de suite à savoir d’où venait les explosions, qui pouvons être à l’origine des attentats ».Les images provenaient soit des citoyens présents sur les lieux de l’attentat soit des médias américains (CNN, Fox news, NBC News). Cette réalité laisse une marche de manœuvre limitée pour les journalistes sur place.

Dans ces cas-là, il faut combler l’antenne. C’est à partir de là que toutes les spéculations sont permises. Pour découvrir les causes et décrypter les conséquences, il faut de l’information. sans aucune preuve, il s’avère impossible d’assurer une  analyse claire de cet événement.

La médiatisation des attentats de Boston rappelle que les médias en continu ont de l’impact sur le public et  sur la considération du travail des journalistes.Cette réalité pousse ces chaînes à faire de plus en plus de démentis.

A force de pratiquer ces méthodes n’allons nous pas vers un discrédit de ces médias ?

Jessica Staffe

Publicités