Raphaëlla fausse mère porteuse a manipulé les médias sur la GPA

Lors du débat sur le mariage homosexuel, une autre question avait émergé : Qu’en est-il de la GPA et des mères porteuses ? La Gestation pour autrui a été mise  sur le tapis. Les mères porteuses restent interdites en France. Avec cette idée naît le problème de la marchandisation du fœtus. Vaste débat.

Le samedi 9 mars 2013, le Parisien a fait sa une sur un sujet particulièrement sulfureux. Ils ont recueilli le témoignage de Raphaëlla, première mère porteuse en France. Cette information résonne comme un scoop aux oreilles de la presse,  de la radio et de la télévision. Même l’agence France Presse réputée pour son professionnalisme se laisse berner et publie le témoignage tel quel.

Une du Parisien

Une du Parisie

S’ensuit la circulation circulaire  de l’information habituelle : il a été repris par les plus grand média  (France Info, BFM TV  France 3 et RTL..) Ont-il fait le travail de vérifications que tout bon journaliste se doit de faire ? Faute de temps et d’investissement, ils ont  juste relayé l’information. Le Parisien demeure un média prescripteur pour ses confrères selon Jérôme Bouvier, médiateur de l’information à France Info. Pour désigner cette pratique on parle de suivisme médiatique. Cet emballement est symptomatique  des médias contemporains.

La réactivité, le scoop à tout prix posent problème

L’instantanéité, la rapidité sont les règles d’usage à l’heure des chaînes d’information en continu. L’information tout juste publiée est dévoilée au risque d’être démentie dans les minutes ou les heures qui suivent.. On ne laisse pas assez de temps au temps. La dictature de la réactivité à tout prix provoque des ratés et dévalorise le travail des journalistes. L’information a besoin de temps pour être assimilée et analysée. Cette duperie est fondée sur la mystification. Ces faits graves n’avaient pas été vérifiés en amont. Entre sensibilité et professionnalisme, les journalistes se font parfois manipulés par manque de recul. Comment peut-on mentir sur un tel sujet ? C’est le rôle des journalistes de dénicher les mensonges et  de rétablir la vérité.

Cette réalité discrédite certains média et les placent en porte à faux. Le but est de faire de l’audience. Certains journalistes ne jouent pas ce jeu et mènent l’enquête. Par manque d’engagement, de temps et d’argent, ils sont parfois lâchés  par leur hiérarchie soucieuse de sortir un scoop avant leurs concurrents. C’est ainsi que des faux témoignages considérés comme vrais investissent les unes des journaux télévisés, radio et papiers. La presse n’est malheureusement pas épargnée par ce mal. Elle  est  pourtant reconnue pour son analyse sérieuse de l’actualité.

Un témoignage est-ce une information ? 

Emmanuel Geuns, correspondante à BFM TV a présenté une interview à sa chaîne qui a décidé de la  diffuser avant même que cette journaliste ait conclu son enquête. Cette situation prouve qu’il existe parfois un désengagement professionnel de la part de certains rédacteurs en chef.

Lundi matin à 7H17 sur l’antenne de RMC info, elle dément. Le témoignage est en fait un faux. « Hier, j’ai eu sa grand-mère au téléphone. Elle me dit que sa petite fille n’a jamais été mère porteuse, mais qu’elle a accouché d’une petite fille qui a été placée par les services sociaux ». Raphaëlla a bien eu un enfant mais c’est le sien. Cette affaire révèle une information a deux vitesses.

Un témoignage brut est certes une source d’information inépuisable mais tant qu’elle n’est pas recoupée avec d’autres faits ce n’est pas une information fiable que l’on peut prendre pour argent comptant. Cet événement médiatique a créé un véritable froid dans la profession. Les vidéos de ce témoignage restent introuvables et tous les liens sur les pages internet ont mystérieusement disparus. Pourquoi ça ?

Aujourd’hui c’est la vérification en temps réel qui prime.  Au nom de la vérité, ils préfèrent rectifier petit a petit plutôt que de vérifier l’information avant de la traiter.  Si Emmanuelle Geuns n’avait pas continué ses investigations, la vérité n’aurait peut-être pas éclaté. Le Daily Nord s’explique  ainsi mais n’excuse en rien cette bévue: « Une belle bourde journalistique, qui sans vouloir accabler l’auteur qui s’est fait mener en bateau, va pouvoir rejoindre notre best of des erreurs des médias en région. Pour le reste, on se contentera juste d’une petite remarque : quand nos confrères ont couru après la mythomane, certains d’entre-eux n’ont pas cru bon de noter que Le Parisien/Aujourd’hui en France avait fait le boulot. Ce soir, on précise que l’on s’est fait abuser… comme les autres. »

La vérité ne peut- elle  pas attendre 5 minutes non ?

Discrédit des médias, confiance en berne des citoyens

En décembre dernier, le Cevipof a publié un baromètre : 76% des français ne font plus confiance aux médias. Déçus, ils se sentent parfois bernés par des journalistes qu’ils jugent éloignés des réalités locales. Cette remise en cause est de plus en plus criante. Les consommacteurs critiquent de plus en lus la médiasphère. Par ces erreurs, ils pensent que les médias ne les respectent pas complètement en tant que citoyen. Ils reprochent la course aux scoops et le manque de vérification des faits par les journalistes. Cet épisode du faux témoignage de la mère porteuse  ne va pas aider à rétablir la confiance entre les médias et les citoynes.

Raphaëlla, 24 ans, fausse mère porteuse, ainsi va la vie des médias. Entre faux-témoignage, information révélée à demi mots, les médias perdent un peu plus leur crédibilité. A l’heure de l’instantanéité, l’investigation se fait de plus plus  rare. Les médias disposent pourtant  d’un rôle social, celui d’informer et d’être un contre pouvoir.

Jessica Staffe

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