Stéphane Hessel : la mort d’un humaniste élevé au rang d’icône

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 Stéphane Hessel  s’est éteint à l’âge de 95 ans. Né allemand, il est naturalisé français en 1937. Il incarne l’amitié franco-allemande. Européen convaincu, il a toujours soutenu la construction européenne. Diplomate, acharné, ses combats pour les droits de l’homme lui ont occasionné quelques déconvenues. Qu’importe, il a mené ses différentes missions en pensant essentiellement à l’intérêt général. Il représente une certaine frange de la gauche humaniste. Sa mort survenue dans la nuit du 26 février au 27 février est considérée par certains comme un événement national. Figure emblématique du siècle passé, il est élevé aujourd’hui au rang d’icône. Les hommages pleuvent et montrent que cet homme quoi qu’on en pense manquera à la société.  L’avenir nous dira si comme Malraux, Jean Jaurès, sa mémoire sera honorée ou non au Panthéon.

Stéphane Hessel : l’engagement d’un homme du siècle

Toutes ses luttes l’ont amené à côtoyer du beau monde.  Il a par exemple rencontré Eléanor Roosevelt. Elle  l’a entre autre aidé  à faire  sortir plus de 2000 écrivains, philosophes et artistes d’Europe. Il a aussi œuvré aux côtés des Aubrac et de Jean Moulin. Résistant jusqu’au boutiste,  c’est cet engagement qui a conduit l’ensemble de sa vie. Grâce à cet acte, il a connu Anna Arendt, André Breton, Marcel Duchamp, Max Ophuls et leur a  permis de continuer à profiter de leur liberté.

Après la libération en 1946, il participe indirectement à la rédaction du premier volet de la charte des droits de l’homme. Il a été un témoin privilégié de la marche du monde vers la paix sociale et politique. Ami de Mendès France, il l’a suivi dans sa conquête du pouvoir. Sa grande connaissance de la diplomatie l’a amené par exemple à Brazzaville où il a participé à la fondation du  bureau de l’Organisation mondiale de la Santé en 1953. De 1963 à 1969, il a été chargé de la coopération à Alger. Quelque soit la majorité politique, il intervient dans les relations internationales de la France. En 1977, Valery Giscard D’Estaing le nomme ambassadeur à l’ONU. Basé à Genève, il s’occupe particulièrement, des problèmes de pauvreté et de développement. Il tente tant bien que mal à avoir de l’influence sur les décisions de la CNUCED.  Droit dans ses bottes, il n’a jamais rien lâché. Dans tous ces postes, il a été guidé par sa croyance en l’humanisme et aux droits de l’homme. Idéaliste, il se résume ainsi : « français par choix, patriote par le contexte, imprudent par juvénilité, chanceux, pluri-survivant, polyglotte, narcissique égoïste ». Homme de son temps, il laisse un héritage important derrière lui. Ce leg est véritablement présent dans son ouvrage « indignez-vous ».

 La question palestinienne, l’engagement incompris de Stéphane Hessel

.Fervent défenseur des droits de l’homme, il s’est toujours insurgé contre l’inégalité et l’injustice. « Indignez-vous » titre de son essai paru en 2010 correspond parfaitement à cette vision humaniste de l’univers politique et social. Electron libre, il prend parfois des positions dénoncées par ses détracteurs. Son positionnement sur le conflit Israélo palestinien ne plaît pas à tout le monde.  Il  s’est par exemple formellement opposé à la politique de colonisation menée par le gouvernement Israélien et à ses conséquences sur la population palestinienne. Il a posé la question qui fâche : fallait-il continuer à soutenir les investissements israéliens ? Cette détermination lui a valu d’être taxé d’antisémite. Ce reproche paraît tout de même infondé et incongru. Résistant, il a été enfermé dans le camp de déportation de Buschenwald. Lui reprocher d’être antisémite semble incohérent voire irrespectueux aux vues de son activisme. Ces opposants cherchent du grain à moudre pour ternir son image  jugée trop parfaite.

Icône pour les uns, héros trop parfait pour les autres, tous s’accordent à reconnaître son brillant parcours. Autant adulé que détesté, cet humaniste croyait encore en l’avenir. Son optimisme et son réalisme révélaient une grande compréhension des enjeux politiques, sociaux et économiques contemporains.

Comme disait un certain Marc Olivier Fogiel on ne peut pas plaire à tout le monde. Il n’empêche, qu’il reposera en paix.

Jessica Staffe

 

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