Le fonds Google pour la transition numérique de la presse française

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60 millions d’euros, c’est la somme que versera Google aux éditeurs de presse français. Ce fonds se soutien s’échelonnera sur les cinq prochaines années. Il permettra à la presse française de continuer plus sereinement sa transition numérique. De multiples passes d’armes s’étaient succédées jusqu’au vendredi 1 février 2013. Google avait menacé de déréférencer les titres de la presse française si le gouvernent français votait une loi. Cet accord arrive à point nommé et satisfait tout les partis. Le patron de Google s’en félicite.

Cette somme paraît dérisoire aux vues des bénéfices de cette entreprise en 2011. Ils s’élevaient entre 1.25 et 2.4 milliards d’euros.  Ces revenus proviennent essentiellement des régies publicitaires du géant de l’Internet. Il n’avait reversé que 5 millions d’euros pour l’impôt sur les sociétés.

Qu’importe cette décision est une première mondiale. Elle risque de donner des idées à d’autres pays.

 Que contient cet accord ?

Le syndicat de la Presse  Quotidienne Nationale salue cet accord. François Hollande affirme que cette décision entérinée le 2 février 2013 représente « un évènement mondial : un accord a été conclu entre Google et la presse française pour investir dans l’avenir ». Plus qu’une aide, cette décision est un partenariat. Google met ainsi à disposition des éditeurs de presse ses supports techniques pour leur faciliter le passage au numérique. Cette aide financière n’est pas une taxe à proprement parlée. Elle ne touche donc pas l’impôt sur les sociétés.

Pour Fleur Pellerin, ministre déléguée à l’économie numérique, ce fonds participe clairement à la « transformation numérique afin que les éditeurs de presse modernisent leurs modèles économiques » (source Nouvel Observateur). Il sera distribuer aux titres de la presse quotidienne d’information nationale et régionale, ainsi qu’aux magazines d’information et aux « pures players » (journaux d’information né d’Internet exemple Rue 89, Atlantico, OWNI ou encore Streetpress et Backchich).

Les revenus  publicitaires au centre du bras de fer

Les éditeurs de presse reprochaient à cette start-Up de Mountain View de ne pas partager les revenus publicitaires avec les quotidiens français. Selon un porte parole de la multinationale du web :«Le premier projet consiste à conclure des accords commerciaux avec les éditeurs pour les aider à tirer le meilleur parti d’internet et d’accroître leurs revenus en ligne, au moyen de solutions publicitaires, via notamment les plateformes spécialisées du géant de l’internet AdSense, AdMob et AdExchanges » (source Les Echos)

Ce Fonds  aura pour but de soutenir des projets médiatiques innovants tournés vers l’avenir. Il les sélectionnera en fonction de leur intérêt.

Une réussite en demi-teinte

Ce soutien n’est pas réellement une aide et ne ressemble en rien à une subvention. Même si cet accord appuie la presse en difficulté, ce fonds n’a pas une vocation pérenne. S’il ne dure que le temps du mandat d’Hollande, dans quatre ans  la question se reposera et la presse restera fragilisée. Ce projet montre d’ors et déjà des limites. Certaines craintes commencent à s’exprimer. Des patrons de presse comme Louis Dreyfus estime que « Cet accord arrive au bon moment pour les quotidiens les plus faibles et des petits magazines particulièrement fragilisés par la décomposition du système de distribution de la presse en France.

Le problème de la presse dépasse l’enjeu du numérique et sa transformation. L’important est de pouvoir garantir une pluralité de titres et d’apporter à ses lecteurs un contenu informatif riche, original et complet. Son but est de rester un quatrième pouvoir et d’offrir une réelle analyse sur l’actualité afin de de différencier de la télévision et de la radio. Internet correspond à un support essentiel qui lui permettra de produire des contenus en phase avec la rapidité actuelle de la diffusion de l’information. A tort la presse à trop  souvent considérer internet comme un média rival. Elle a compris bien trop tardivement les atouts et les bienfaits qu’apportait ce nouveau support. Louis Dreyfus renchérit “cet accord ne modifie en rien le modèle économique de la presse et ceux qui comptent sur les aides, qu’il s’agisse du fonds Google ou les aides publiques pour s’en sortir, se trompent. La presse ne pourra compter que sur elle-même et sur le renouvellement de son offre pour s’en sortir”(source le boursier.com). Ce fond est dirigé par une équipe décisionnaire composée de Mark Schwartz, Nathalie Collin (Présidente de l’Association de la presse d’information politique et générale) et Carlo d’Asaro Biondo (Président Europe du Sud et de l’Est de Google).

Cet accord garantit la super puissance de Google et l’hégémonie d’Internet

Les effets de cet accord sont difficilement prévisibles. Il montre la force de négociation du moteur de recherche américain et prouve sa force de frappe. Il semble être le grand gagnant de cette décision. Son pouvoir médiatique n’est pas remis en cause. Ce fonds révèle qu’internet est plus qu’un support de diffusion mais un média fondé sur l’innovation.  L’avenir de la presse et de l’ensemble de la sphère médiatique dépend de l’évolution du web. Google n’est qu’un instrument de sa puissance. Ce moteur de recherche engrange 95 à 97% des recherches. Il est difficile aujourd’hui de le concurrencer. En dehors de la presse  c’est tout le système internet qui est concerné. Cet accord peut donner des idées à d’autres industries culturelles.

L’évolution d’internet démontre chaque jour sa capacité d’innovation et d’adaptation au monde contemporain.  Créatif et ambitieux, ce secteur ne cesse de se transforter. Ce bras de fer  entre l’Etat français, les éditeurs de presse et Google a dévoilé des rapports de force inégaux. Les Etats ont très peu de prise sur Internet et sont souvent dépassés par ces changements aussi rapides que novateurs.

Ce fonds de 60 millions d’euros s’apparente à une aubaine pour Google. D’un côté, il fait un geste significatif pour soutenir la presse d’information française tout en gardant sa place de leader sur le marché des moteurs de recherche. Cet accord est autant historique pour François Hollande que pour Google.

Jessica Staffe

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