Argo : Une fiction réaliste sur fond de tension américano-iranienne

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Pour réaliser son troisième film . Ben Affleck s’est attaqué à une thématique délicate : retranscrire la prise d’otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran (1979). Ce sujet demeure un thème épineux. Les relations entre l’Iran et les États Unis restent tendues L’opération Argo dont s’est inspirée Ben Affleck pour composer cette œuvre n’a été déclassée qu’en 1997 par Bill Clinton.  Elle se fonde sur la coopération de la CIA et d’Hollywood pour exfiltrer 6 membres de l’ambassade qui s’étaient échappés lors de cet évènement.

Argo : un film documenté et réaliste

Argo n’est pas un simple thriller où l’action régit toute l’intrigue du film. De l’action,il y en a certes mais juste ce qu’il faut. Ben Affleck n’a donc pas cherché la facilité. Pour ne pas trahir la réalité, il s’est documenté. Les trois premières minutes présentent une brève histoire de l’Iran. Ce passage semble un peu court. Pour replacer la prise d’otages dans le contexte de la révolution islamique iranienne, des éléments historiques permettent de récréer l’atmosphère de l’époque. Cette contextualisation pourrait faire d’Argo une fresque quasi-historique. L’événement étant encore trop contemporain, Argo est traité comme un thriller. Il n’a donc pas été fait au hasard.

Il retranscrit la situation politique du moment. Il s’attache aussi à montrer l’impact des images et de la médiatisation. La télévision joue déjà un grand rôle dans la mise en scène  de l’événement. Bien qu’il y ait un parti pris américano-occidental, le point de vue iranien est diffusé. Seuls les aspects négatifs semblent retenus. Les militants de la révolution sont peints comme des individus violents et sanguinaires. Même s’il existe une part de vérité dans ce traitement, tous ne sont pas ainsi. Il n’est jamais question de la manipulation des foules faite par l’Ayatollah Khomeini. Ce document  rend seulement compte du côté répressif des gardiens de la Révolution fidèles au chef spirituel.

Tous les éléments sont réunis pour nous replonger dans ces instants cruciaux de la guerre froide.

On voit très bien que le problème vient du fait que les États-Unis et l’Occident aient soutenu le Shah D’Iran.  Dans ce chaos politique et social le personnage de Tony Mendez agent de la CIA correspond au sauveur.  Il s’apparente un peu à un messie.

Tony Mendez le héros de l’opération Argo

Tony Mendez reconnu pour ses qualités de service en tant qu’agent d’exfiltration est appelé sur l’opération Argo. Au départ tout est contre lui. Aucune de  ses propositions ne rencontrent le succès escompté. Sa légitimité est contestée. Il n’est pas pris au sérieux. Farfelu mais compétent, il montre que son idée devient la seule échappatoire. En l’absence  d’autres alternatives viables, son plan est mis a exécution.

Son but : tourner un faux film en Iran avec les 6  personnes qui avaient réussi à s’enfuir  lors de la prise d’otages  pour les  ramener sains et saufs aux États-Unis. Ces six «  fuyards » sont recherchés par les autorités iraniennes. Leur vie ne dépend plus que de la réussite de la mission. Elle ne tient qu’à un fil. Cette opération risquée est mal accueillie. N’ayant pas le choix, ils y prennent tous part . Munis de fausses identités, ils participent  au tournage du film Argo.  Ce film est une mise en abyme de la réalité. Ils se fient tous à Tony Mendez.

Argo un vrai thriller hollywoodien

Argo est construit comme un bon thriller à l’américaine. Le suspense règne jusqu’au clap de fin. Ce n’est pas un simple film d’action où les gentils règlent les comptes des méchants. Il est construit sur une intrigue forte. Tony Mendez comme tout bon agent au service de son pays sacrifie sa vie pour son travail. Il met en danger sa vie pour protéger celle des autres et assurer l’avenir de sa terre natale. Iconoclaste, il ne ressemble pas forcément à l’image que l’on se fait habituellement d’un agent de la CIA.

Tout est là pour nous tenir en haleine. Chaque moment est tendu, l’atmosphère demeure lourde. L’action est savamment dosée. Ni trop ni pas assez. A travers  Argo, on remarque les luttes de pouvoirs entre le soft power et le hard power. Finalement Hollywood fonctionne comme la CIA. En cas de crise cette industrie défend les intérêts des États-Unis.  Les deux entités collaborent pour le bien de leur pays.

Les séquences tournées dans les studios de Los Angeles apportent de la légèreté à ce film haletant.  Le film s’achève sur une course poursuite traditionnelle. Les 6 ex otages et Tony Mendez s’envoleront-ils pour Zurich ou seront-ils arrêter dans leur fuite par les gardiens de la révolution et la police d’Etat ?

Et l’Iran dans tout ça ?

Vu la situation actuelle de l’Iran, il s’avérait impossible de tourner dans ce pays. Les scènes du grand bazar de Téhéran ont été  filmées dans le zouk d’Istanbul.  Les séquences aéroportuaires ont été prises dans divers aéroports américains. La façade de l’ambassade américaine de Téhéran est en fait celle de l’ambassade américaine à Los Angeles. Malgré ces décors loin d’êtres typiques et orientaux, on s’y croirait. Cette réussite repose sur l’hyper contextualisation du film. Les détails spatiaux temporels nous font oublier les décors. Peu importe finalement. L’importance, n’est-ce pas la richesse du film?

Sans être un chef d’œuvre, Argo mérite les critiques élogieuses et ses nominations aux oscars. A côté de Steven Spielberg et de Quentin Tarantino, Ben Affleck compte aujourd’hui parmi les réalisateurs connus et reconnus. Avec Argo, il signe son meilleur film. Il analyse finement les situations de crise et les conséquences des choix politiques. Sans être clairement politisé, ce film nous fait réfléchir. Il pose les bonnes questions sans pour autant donner de réponses prédéfinies. Tony Mendez incarne le héros des temps modernes loin des clichés des séries policières américaines.

Jessica Staffe

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