L’islamophobie: quand l’Islam est malmené

Malraux disait que   le 21ème siècle serait le siècle des religions. Depuis le 11 septembre et les tensions internationales liées au terrorisme, les clivages s’exacerbent. Ces conflits sont géographiquement loin mais leurs répercussions apparaissent parfois violemment en France.

L’islam au cœur des préoccupations des Français et des Européens

Ce climat contribue à renforcer les amalgames face à l’Islam que l’on assimile trop souvent à l’immigration. Il instaure une méfiance et une incompréhension palpable vis à vis des pratiques religieuses pouvant être caricaturées au sein d’une société traversée par une crise économique sociale et politique La plupart des musulmans  respecte la laicité républicaine si chère à notre pays. Bien souvent la méfiance vient de la méconnaissance.

Pour le politologue Jean-Yves  Camus le 21ème  siècle serait plutôt le siècle des identités.  La mondialisation joue un rôle dans cette affirmation Dans un monde où la crise économique renforce les clivages, chacun recherche son identité et ses racines. L’islamophobie existe partout en Europe. Les politiques européens sont frileux sur cette question. Pour eux tout n’est qu’une question d’intégration. Si un individu n’arrive pas à  s’assimiler dans ce modèle, il se sent rejeté et n’est pas forcément  considéré comme un citoyen  à part entière.  Dans ce cas on lui reproche ses origines. Sauf qu’en général, il est né dans le pays dans lequel on les considère comme étranger. Cette situation crée une rupture. Des rapports houleux se mettent parfois en place. Une atmosphère délétère s’impose un peu plus lorsque les tensions internationales s’intensifient.

Généralement, les français ne connaissent que les côtés obscurs de cette croyance (radicalisation, islamisme, le mépris des droits des femmes, le voile intégral) et oublient que la majorité des musulmans tend à s’intégrer au modèle culturel français et sont nés en France. La plupart des croyants se désolidarisent des comportements extrémistes et cherchent à donner une bonne image de l’Islam.  Le problème vient aussi du fait que le nombre de conversion s’accroit. Ce phénomène fait peur. Souvent ce sont d’ailleurs les nouveaux convertis qui se radicalisent le plus. La quasi totalité des imans luttent contre la radicalisation au sein de leur mosquée. Pour eux, la compréhension passe par l’enseignement des préceptes religieux. Avant de se pratiquer l’Islam s’apprend. Dans cette atmosphère tendue, des groupes politiques surfent sur ses tensions. Des politiques comme Jean François Copée s’engouffre dans la brèche. Le «racisme anti blanc» est une de ces idées principales. Il l’a développée lors de la campagne pour la présidence de l’UMP.

Le racisme anti blanc, le repli identitaire : des thèmes politiques à la mode

 

Un racisme anti blane à Meaux ?


Pendant la campagne présidentielle 2012, l’Islam a été au cœur du débat. Les prières de rue ont été un symbole pour Marine le Pen. Selon elle, elle incarne l’islamisation de la société française. Le repli identitaire a aussi agité les consciences. Il s’est aggravé avec la crise. Ce choix n’est pas lié seulement aux origines et à la religion mais à l’appartenance  à une même culture. Cette décision montre que la mixité est mis à mal dans les jeunes générations. Des petits groupes se forment mais ils ne se mélangent pas. Ce constat n’implique pas forcément une notion de racisme anti blanc mais seulement une méconnaissance de l’autre. Le chômage se rajoute à l’insécurité vécue au quotidien par l’ensemble des communautés qui habitent ces quartiers défavorisés.

Dans la lignée de Nicolas Sarkozy, Jean François Copée dénonce le racisme anti- blanc. En réalité le racisme touche tout le monde. Les citoyens d’origine étrangère en souffrent d’autant  plus. Jean François Copée et ses acolytes semblent  l’oublier. Au lieu de s’insurger contre cette discrimination, il devrait s’engager à s ‘occuper de  l’ensemble des comportements discriminatoires. Le  discours de la droite décomplexée n’atténue pas les tensions. Il a plutôt tendance à cliver le débat et à le passionner. Ces partis pris  ne sont pourtant pas jugés extrêmes.  Ils font partie d’un courant majoritaire de la droite française.   Patrick Buisson inspirateur de cette droite décomplexée véhicule des idées souvent mises en avant par l’extrême droite.

Sans défendre les thèses de Génération Identitaire, ils partent d’idées assez proches.

Génération identitaire : un groupuscule islamophobe

 Génération identitaire: la peur de l’Islam

Des groupuscules politiques en profitent pour semer le trouble et la panique. Pour eux Charles Martel représente un modèle. Il a repoussé les musulmans hors des frontières françaises à Poitiers, il y a plus de 1300 ans. Le groupe génération identitaire participe à ce mouvement de prosélytisme anti islam. Ils ne reculent devant rien. Aucune action n’entame leur activisme. Cette lutte prend parfois une tournure grave. Le 20 octobre derner, les activistes les plus radicaux ont occupé plusieurs heures la mosquée de Poitiers pour montrer selon eux les méfaits de l’islamisation de la société française. Leur combat fondé sur un discours raciste rencontre de nouveaux adeptes chaque jour. Ces sympathisants ne proviennent pas forcément  de parti extrémiste comme le Front National ou la ligue du Nord (parti d’extrême droite italienne).  Pour leur première réunion politique, plus de cinq cents militants ont fait le déplacement. Ce soutien commence a avoir un certain écho. Aucun élu d’un parti traditionnel  n’est venu. Ces électrons libres diffusent peu à peu leur idéologie anti-islam. Cette radicalisation politique prouve qu’il existe un réel malaise dans la société française. Les musulmans qu’ils soient radicaux ou non sont les ennemis à abattre. Tolérance zéro. Cette  montée de l’islamophobie implique une augmentation des actes islamophobes (violences, insultes, brimades, provocation à la haine).  Ce groupement compteraient aujourd’hui 2000 militants.

En 2012,  ces discriminations ont progressé de 58%.

Cette radicalisation a de quoi inquiéter. Et si la France devenait vraiment islamophobe ?

Marwan Muhammad et Rachida Benhamed : militant pour un Islam modéré

 Si l’islamophobie progresse certains décident  de combattre les préjugés. Marwan Muhammad, porte parole du collectif contre l’Islamophobie en France) en est l’exemple. Il ne cesse de  mener des actions prônant un islam modéré. Cet islam tant décrié s’intègrent parfaitement à la république française. Il déplore la recrudescence des actes islamophobes. Il demande à François Hollande  que l’Islamophobie à l’instar de l’antisémitisme devienne une grande cause nationale. Cette revendication peine à se faire entendre.

De son côté Rachida Benahmed milite pour l’association «ni putes ni soumises » dont elle est la vice présidente. Elle déplore la radicalisation de l’Islam. Cet état de fait touche particulièrement les femmes. Elles perdent peu à peu leur autonomie de décision. Pour elle le voile symbolise ce repli communauté. Elle voit à son grand désespoir de plus en plus de femmes le porter. Inquiète, elle tente de  les dissuader et les aident lorsqu’elles subissent des violences (viols, violences, séquestrations…) Pour elle l’Islam ne l’empêche pas d’être féminine et encore moins féministe.

Quatre milles français se convertissent chaque année à l’Islam. La  France doit repenser sa politique d‘intégration. Pour ne pas sombrer dans l’islamophobie, les politiques, les responsables religieux doivent s’armer de patience. La seule réponse à cette  crise identitaire est le dialogue. La pédagogie désamorce aussi ce genre de conflit. Le temps apaisera peut-être les rancoeurs de chacun.

Jessica Staffe

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