L’Islam : Une religion caricaturée dans les médias français ?

Avec quatre millions de musulmans, l’Islam est la deuxième religion française. Ses croyants subissent de nombreuses discriminations. Pour parler de problèmes d’intégration, bien souvent les médias relient l’Islam à l’immigration. Cet état de fait les amène à véhiculer des amalgames et des clichés. Cette image négative atteint la majorité des musulmans.

L’Express et le Point : entre clichés et amalgames

Récemment des quotidiens comme la une du Point intitulée Cet Islam sans gêne ou la couverture de l’Express titrée le vrai coût de l’immigration ont provoqué de vives réactions. Ces deux hebdomadaires jouent aussi avec les peurs de l’inconscient collectif. Ils nous montrent dans les deux cas des femmes voilées. Elles ne portent pas n’importe quel voile (un niqab ou un hijab plus communément appelé voile intégral). Avec ces images chocs, ces médias invitent les citoyens à ne pas se poser les bonnes questions. Si les articles sont beaucoup plus consensuels et analysent une situation complexe, la une elle n’apporte aucune information tangible.  Alain Génestar du magazine Polka demande aux journalistes de dézoomer.Pire, ils ne jouent pas leur rôle : informer c’est aussi désamorcer les problèmes et créer un débat constructif. Si l’Islam demeure caricaturé dans la presse (média reconnu pour son expertise et son analyse) qu’en est-il de la télévision ou l’image prime.

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Communautarisme, intégrisme, islamisme : une réaliste complexe simplifiée

Le communautarisme apparaît comme un danger alors que la majorité des musulmans français cherchent justement à s’intégrer dans notre société. Seule une minorité d’individus prône un Islam radical. Lorsqu’ils sont séduits par les thèses djihadistes, ils passent à l’acte.  Ces attitudes sont formellement combattues  par les autorités de l’Islam de  France (recteur de la Mosquée de Paris, Conseil français du Culte Musulman), elles défendent un Islam modéré intégré à la République Française. Elles mettent en place des  discutions interconfessionnelles. Ces évènements marquent une volonté d’ouverture. Tous ces côtés positifs semblent balayés et peu traités par les médias. Cette différence d’échelle révèle une vérité tronquée. Il est plus facile de parler des problèmes que d’admettre que la réalité s’avère plus complexe que les images transmises par la télévision. En France seulement 1% des musulmans appartiennent à des branches de l’Islam radical. A travers l’affaire Mérah, les médias se sont intéressés plus aux excès du terrorisme qu’aux causes et aux fondements de ses actes.

Deux visions de l’Islam opposées : le cas de la famille 

MérahAbdel Ghani Mérah a vu sa famille déchirée par des visions contradictoires de l’Islam. Elevé dans l’antisémitisme, il ne se reconnaît pas dans les partis pris terroristes prêchés par son frère. Mohamed et sa sœur  Souad. Ils se sont tous les deux tournés vers le salafisme. Pour comprendre les raisons de se basculement idéologique, un reportage d’enquête exclusive revient sur la vie de cet apprenti terroriste. « Mohamed Mérah, l’itinéraire d’un terroriste français ». Il propose de découvrir l’envers du décor.

Les dires de Souad Mérah décryptés dans ces images sont à la fois provocateurs choquants et problématiques. «Ouais, je suis fière de mon frère, il a combattu jusqu’au bout ». Elle cautionne les agissements de Ben Laden : «  Je pense du bien de Ben Laden et des moujadhidines». Ce discours inquiétant et alarmant contribue à relancer la question de l’Islam radical.

Aujourd’hui, ces propos font débat. Leur contenu est évidemment condamnable et relève d’un certain point de vue de l’apologie du terrorisme. Filmés en caméra cachée, ils appartiennent à la sphère privée et ont été recueillis sans le consentement de l’intéressée. Cette réalité pose le problème de la déontologie journalistique. M6 devait-elle diffusée l’entiéreté de ce reportage?   Outre la qualité des images et des propos, cette polémique aborde la question de la médiatisation de l’Islam faite par la presse, la télévision et la radio.

Selon Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique les médias participent à un climat général d’islamophobie. Cette situation anxiogène renforce les peurs irrationnelles et l’incompréhension face à des phénomènes mal connus.

La télévision : des clichés et des amalgames renforcent le climat anxiogène

A la télévision, l’émotion domine  l’information. Des images fortes (attentats, discours ultra-conservateurs) retiennent notre attention.  Sans le recul nécessaire, aucune analyse n’est possible. La télévision  présente une vision manichéenne d’une réalité complexe. Le camp des bons rencontre celui des méchants. Les prières de rues apparaissent nombreuses, des sujets comme la burqa ou le voile intégral ont été très largement traités. Il existe pourtant des initiatives prouvant que les musulmans sont ouverts au dialogue. 10 imans se sont rendus en Israel pour rendre hommage aux victimes de Mohamed Mérah. Dans une mosquée progressive, un iman marie des homosexuels. Cette pratique prouve que l’Islam n’est pas que violence et radicalisme.

Les violences faites aux musulmans ne sont pas forcément relatées. Tous ces aspects sont presque oubliés par les médias. La télévision  ne retient que le côté anxiogène  d’une réalité aux multiples facettes.

Les médias français sont la conscience de la nation. Ils représentent un état d’esprit. Pour autant, leur rôle est de relever le débat.  Quatrième pouvoir, la presse reflète cette analyse. La télévision a beaucoup plus d’impact.  Les images marquent plus que les mots. La banalité de l’Islam est rarement exposée. Très peu d’experts interviennent  pour temporiser le débat. Leurs connaissances apaiseraient pourtant les dialogues.

Le travail des médias est encore long pour dépasser les clichés et les amalgames.  La pédagogie permet de transformer les certitudes et de faire évoluer les esprits les plus réfractaires. Sans une réflexion de fond, toute amélioration s’avère vaine.

Jessica Staffe

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