Le plébiscite des vampires et des zombies : syndrome d’une société en crise

La société est parcourue par une crise économique, politique et sociale. Les perspectives d’avenir  semblent limitées.  Déjà dans les années 1930, la littérature fantastique s’était largement développée. Aujourd’hui, des romans, des films, des séries des jeux vidéo se nourrissent de ce thème.  Les zombies et les vampires y sont présentés sous toutes les coutures. Ils renvoient à nos peurs et à nos fantasmes.

La littérature fantastique fascine ses lecteurs. Les zombies walks  marquent un nouvel engouement pour cette culture jugée comme geeks. Ce genre touche désormais  un large public. Cet intérêt s’exprime à divers niveaux. Il s’explique par le fait que ces romans, films et séries traitent de divers sujets de société. Il aborde le rapport à la mort, les relations sociales, l’évolution, la transformation et la place de l’individu dans la société. Dans un contexte où l’incertitude prime, les citoyens cherchent un exutoire. Ils se sentent incompris par une classe politique dont la marge de manœuvre paraît quasiment nulle. Ils trouvent une échappatoire  dans ce mode d’expression. Les figures du vampire et du zombie trouvent de nouveaux adeptes.

La littérature fantastique : remède aux problèmes économiques contemporains ?

Souvent caricaturée, cette culture apparaît comme un remède aux problèmes de nos sociétés contemporaines. En manque de repères, les citoyens cherchent à réinventer un monde qui leur échappe. Selon le créateur du site tuez les tous,  « le zombie représente la masse anonyme et silencieuse  ». Il pose la question de l’hygiénisme, du vieillissement et de la peur de la mort.  Il rappelle nos craintes de l’avenir et montre aussi notre incapacité à envisager le futur sereinement. Cette réalité nous empêche de nous projeter. Elle nous préoccupe et nous rend parfois malade. Les personnages de zombies  nous donnent de la voix. Ce monde a été revisité par des mouvements politiques comme Anonymous.

Les valeurs sociales comme celle de la famille, du couple et de l’école connaissent aussi des troubles. A travers les zombies et les vampires, le citoyen s’affirme et s’impose. Il expose aussi une partie de sa personnalité.  Ce côté sombre est présent dans chacun de nous. L’asseptisation de notre culture a pour but de nous faire oublier cet aspect considéré la plupart du temps comme morbide et monstrueux. Cette noirceur inquiète. Elle fait référence aux pulsions humaines les plus destructrices (morts macabres, anthropophagie, meurtres sanglants…) Cette renaissance répond aux attentes du public.  Marjolaine Boutet, auteure de Vampires au-delà du mythe confirme ces différentes analyses « Le vampire participe à une volonté de réenchanter le monde. On est dans une période de crise, de l’économie, du couple, de la famille et la littérature fantastique procure de l’émotion et donne chair aux fantasmes. A l’instar des super- héros, ces personnages apportent une certaine vision de la société et révèlent un manque d’opportunité causée par un monde semblant bloqué. Pour François Langelier, producteur de l’émission « mauvais genres » sur France culture, ce plébiscite correspond à « un remède, une psychothérapie.»

Cette production littéraire, filmographique et télévisuelle traduit cet engouement. Cette multiplication de références rapporte beaucoup. Des maisons d’édition profitent de cette manne pour se développer. Quant aux grandes majors, elles déploient de grands moyens afin de réaliser des productions de grande envergure.

 Les Zombies et les  vampires : un bon filon à exploiter

La littérature n’est pas exclue. La maison d’édition Bragelonne compte aujourd’hui 50 salariés. Elle a décidé d’exploiter la Bit-lit.  Ce genre  mélange les principes de la fantasy urbaine et de la Chick-litt. La Chick-lit s’adresse à gente féminine. Lauren K. Hamilton est une romancière plus que plébiscitée. Elle place ses héroines dans le monde contemporain.  Celles-ci rencontrent des personnages fantastiques : fées, sorcières, télépathes, vampires et autres créatures étranges. Ces femmes modernes se battent et s’imposent. Elles incarnent les héroines des temps modernes. A la fois félines, féminines et féministes, elles évoquent des valeurs chères à notre société. Aujourd’hui, elles partagent l’affiche avec leurs homologues masculins.  Avec plus de 170 livres et 500 000 exemplaires, cette littérature a véritablement le vent en poupe.  « En France 60% des libraires refusent de diffuser nos livres » regrette Stéphane Marsan. Cette réalité rappelle la frilosité d’une certaine partie du monde de l’édition français face à cette littérature.

Braguelonne n’est pas la seule à tirer partie de ce filon. Les éditions Robert Laffont s’emparent aussi du phénomène. Lors de la rentrée littéraire 2012, elles ont sorti le premier roman français habité par l’esprit des zombies : La nuit dévore le monde publié sous le nom de Pit Agerman.  Cet ovni littéraire est sûrement le premier d’une longue lignée. Les éditions Autrement intègrent aussi dans leur catalogue des œuvres issues de la Bit-lit. Ces productions littéraires, filmographiques et télévisuelles investissent tous les pans de la société.

Cette fascination du grand public pour les vampires et les zombies n’est pas anodine.  Elle illustre le malaise social du monde contemporain.

Jessica Staffe

Publicités