Haiti : la grande oubliée de l’ouragan Sandy

 

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Des Haïtiens dans les rues inondées de Port-au-Prince, le 25 octobre 2012 (Dieu Nalio Chery/AP/SIPA)

Avant de toucher la côte est des Etats-Unis et de ravager New York et Atlantic City, l’Ouragan Sandy avait ravagé Cuba, Haiti, la Jamaique et les Bahamas. La plupart des médias s’est focalisée sur les répercutions survenues aux Etats-Unis et du Canada.

Les chaînes d’information en continu passaient en boucle des images de New-York. Ces images cataclysmiques rappelaient celles du 11 septembre 2001. Les médias ont très peu parlé des dégâts survenus  dans les îles Caraibes. Le sujet n’a été qu’effleuré.  Le bilan est assez lourd : 52 personnes ont péri, 15 sont portées disparues et 19 blessés (bilan provisoire). 78% des récoltes ont été détruites.

Pendant plusieurs jours, Haiti a connu des pluies diluviennes. Ces intempéries ont été très peu illustrées. La raison principale de ce décalage serait le nombre de correspondants présents à New York notamment. La capitale de l’économie mondiale est très largement couverte par les journalistes du monde entier. A Haiti, ils sont beaucoup moins  nombreux.

Deux poids, deux mesures

Pourtant en janvier 2010 et ces mêmes sources d’informations ont médiatisé pendant plusieurs semaines le tremblement  de terre en Haiti. On pouvait suivre minute par minute l’avancement de la situation.  Plus de 300 000 haitiens ont perdus la vie. Des milliers d’autres ont été déplacés et se sont retrouvés sans abris. Encore maintenant, ils vivent dans la précarité et l’insalubrité.

A cette époque certains ont déploré le « charity business ». Aujourd’hui notre attention est tournée vers les Etats-Unis. Cette hyper médiatisation est due à l’approche de l’élection présidentielle. Dans à peine une semaine, les américains vont voter. Dans ces perspectives électorales, les journalistes internationaux restent à l’affût. Ils suivent les différents meetings de chacun des candidats. Dans ce contexte, l’ouragan Sandy a perturbé l’agenda de Barack Obama et de Mitt Romney. Pendant quelques jours, une trêve politique a été mise en place.   Elle peut nous faire penser à celle instaurée lors de la tuerie de Toulouse en mars dernier. L’élection présidentielle n’est pas la seule responsable. La loi de la proximité régit souvent la hiérarchisation des sujets dans les rédactions (journaux, télévision, radio, internet).

La fameuse loi de la proximité

New York reste un symbole économique et politique. Wall Street demeure une place boursière incontournable. Les new yorkais représentent l’image occidentale. Leur destin nous concerne. Lorsque le métro s’arrête, New-York semble figée. Cette réalité nous renvoie à notre quotidien. Que ferions-nous à leur place ? Cette catastrophe nous touche parce que nous nous sentons proches de ces citoyens. Nous partageons les mêmes repères et des références similaires. La question de moyens se pose aussi. Les médias américains paraissent omniprésents sur la toile. CNN a inspiré la naissance de France 24, BFM TV ou encore d’E TV. L’agence de presse Associated Press  est aussi très puissante. Cette représentation internationale leur donne une place de choix dans l’offre médiatique. Parfois stéréotypée, l’information est malgré tout reprise sans aucun problème. Au contraire, les journalistes en  Haiti disposent de très peu de moyens. Leur faible représentativité les empêche d’avoir un écho international. Oubliés, ils se débrouillent pour faire leur travail.

Les haitiens sont confrontés chaque jour à la mort.  Le bilan hebdomadaire s’élève à 20 femmes en couches, 80 malades du choléra, 1.000 malades de maladies transmissibles et 500 enfants de moins de cinq ans. Sandy ne fait que renforcer cette mortalité endémique.

Ce décalage médiatique peut choquer. Ce choix indique une volonté d’occulter la pauvreté qui touche Haiti. La misère accentue le côté dramatique de ce cyclône. Il est plus facile de la cacher que de la médiatiser. A cause de statut de pays pauvre, Haiti se trouve oublié.  Cette injustice doit être réparée.

Jessica Staffe

 

 

 

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