Dans la maison : un huis clos angoissant

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Germain professeur de français au lycée apparaît désabusé. Le niveau de ses élèves est plus que catastrophique. Ils se montrent incapables de raconter leur week end dans une rédaction. Désespéré, il les note comme il se doit. Pourtant, une copie attire son attention. Elle est écrite en bon français. Plus qu’un devoir son auteur nous plonge dans un véritable huis clos. Charmé par son style littéraire, Germain prend  Claude sous son aile.

A la fois cynique et réaliste, il s’infiltre dans la maison d’un de ses camarades de classe. Sans savoir qu’ils sont le sujet d’une production littéraire, ils se prennent d’affection pour Claude. Il deviendrait presque un membre de leur clan familial. Voyeur, il dresse un portrait au vitriol de cette famille normale. Elle représente le stéréotype d’une famille aisée issue de la classe moyenne.

Ce personnage incarne le voyeurisme de notre société. Le spectateur devient complice de son attitude. A travers le loquet de la porte, on découvre toute leur intimité. Cette proximité met mal à l’aise. A chaque seconde les limites sont repoussées. Claude ne s’arrête devant rien. Son inventivité l’emmène vers des chemins tortueux. Son désir l’emporte et l’amène à agir d’une manière insensée. Moqueur, il peint des personnages caricaturaux mais réels.  Esther, femme sans envergure ne pense qu’à la décoration de son intérieur pendant que son mari se tue au travail. Quant à Rafa fils, il est solitaire.   Claude utilise  cette amitié vaine pour nourrir son récit. Cette ambiance lourde crée une intensité narrative. Le spectateur-lecteur attend le dénouement avec impatience. Gêné, il assiste à des scènes provocantes. Choqué, il rentre dans la peau de Claude.

Germain se laisse mener par son élève. Le maître se transforme en élève. L’élève dépasse le maître. Subjugué par les talents d’écrivain de Claude, il se fait entraîner dans une aventure qu’il ne contrôle plus. A trop vouloir jouer, il perd petit à petit tout ce qui compte pour lui : son travail et sa femme. Un lien particulier naît entre ces deux individus.  Germain trouve en  Claude un fils spirituel.  A travers lui, il réalise son rêve d’écrivain raté.

François Ozon traite plusieurs sujets : la dérive de l’école, le talent d’un élève isolé, le malaise d’une famille normale.  Germain est perdu dans l’enseignement contemporain. Professeur à l’ancienne, il délaisse les nouvelles directives éducatives du ministère. A travers, la relation professeur-élève, il étudie la fascination entre le maître et son disciple et inversement.

Le temps s’arrête. Le récit se construit au fil de la rédaction des pages. A chaque instant, le spectateur-lecteur se trouve entre la fiction et la réalité. Cette perdition nous hante.

Le jeu des acteurs semble juste. Le sérieux se mêle à l’anecdotique  et au tragique.

Quelques longueurs participent à la pesanteur du film. L’ensemble manque parfois de rythme. La narration prend le pas sur l’action. Cette lenteur fatigue et ennuie  à certains passages. Certaines transitions paraissent bâclées. Malgré ces irrégularités, le scénario demeure cohérent.

Ce film osé aborde des tabous de société. Rien que pour ça cet ovni cinématographique mérite d’être vu.

Jessica Staffe

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