Anonynous : sous couvert d’anonymat

Les membres d’Anonymous sont souvent considérés comme des activistes du web. Certains les accusent d être des pirates informatiques ou des anarchistes. Certes, ils ont lancé des opérations contre Paypal (site de paiement en ligne) , contre des banques ou organismes d’état mais les réduire à ces événements médiatiques pose problème.

Une foule d’Anoymous

Un groupe  se compose d’individus. Chaque personne agit de son propre chef. Ils choisissent ou pas de participer à tel projet ou tel autre. Ensuite ses individualités là peuvent se rencontrer et partager des buts communs et des ambitions similaires. Elles se retrouvent dans un groupe. Il interagit avec d’autres acteurs pour faire évoluer leur combat et rejoindre la foule. Etre dans une foule ne signifie  pas se comporter comme un mouton. Ce groupement nous le prouve. Il fait naître un nouveau concept : l’individu- foule. Souvent mal compris et mal évalué, les Anonymous nous échappe. Les médias ne les comprennent pas. Quant aux politiques bien souvent, ils ne les connaissent pas  et paraissent incapables de définir ce phénomène. Ce manque de discernement nous amène à faire des contresens et à fantasmer. La réalité semble bien plus complexe.

 Anonymous politiquement et socialement incorrect

Ce groupe reste indéfinissable. Aucun chef ne s’est jamais déclaré. Aucun porte parole n’a défendu leur discours, il n’a pas non plus expliqué leurs actions. L’anonymat représente leur cheval de bataille.

La liberté du web leur tient particulièrement à cœur. Sans le web 2.0  il n’aurait trouvé aucun écho à leur idée. Il utilise la vidéo pour diffuser leurs points de vues. Chacun peut s’exprimer librement. Dans ce contexte, il est difficile de trouver une ligne directrice dans chacune de leurs  élocutions. Comme chacun parle pour lui-même, les idées exprimées et échangées demeurent contradictoires. Dans cette cacophonie générale, il est donc quasiment impossible d’analyser leur mode de fonctionnement tellement il s’avère complexe.

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Surnommé les Robins des Bois du web par certains commentateurs, ces activistes affrontent les institutions (banques, services gouvernementaux, ministères). Leur soutien à Wikileaks reflète cet engagement.

Les acteurs s’illustrent toujours masqués. Ils ne donnent jamais leur nom.  Cet anonymat dérange. Il empêche toute possibilité d’identification. Dans une société où la transparence devient le symbole de la démocratie, cette impossibilité est considérée comme un échec. Sans étiquette politique, ils ne se rattachent à aucune idéologie. Certains membres se définissent comme anarchiste mais tous ne le sont pas. Aucun pouvoir médiatique ni politique ne peut le contraindre et imposer sa main mise. Sans aucun contrôle, leur liberté n’est pas atteinte.

 La révolution Anonymous

Les nouvelles technologiques de l’information et de la communication (les NTiC) ont transformé les relations humaines, nos rapports à l’actualité et au monde qui nous entoure. Internet illustre le monde globalisé et est souvent assimilé à un village hyper connecté. Le Web 2.0 a renforcé cette virtualité. La révolution numérique a donné naissance a de nouvelles expérience médiatiques comme Wikileaks et Anmymous. Chaque fois, ils repoussent les limites de l’information. Ils mettent en place des nouveaux principes. Ces nouveaux modèles coexistent avec les Etats. Ils ne se soumettent pas à leurs lois mais imposent leur agenda. Les médias traditionnels s’interrogent. Les rôles s’inversent. Pendant longtemps, les câbles diplomatiques diffusés par Wikileaks ont fait trembler la planète médiatique. Les politiques aussi se sont sentis menacés par cette organisation secrète.

Cette distance les empêche d’être compris. Même si beaucoup de citoyens connaissent cette organisation pour en avoir entendu parler un nombre très faible d’entre eux sauraient expliquer leur action. Ce constat place ce groupement en porte à faux. Sensés soutenir les aspirations citoyennes, ils finissent par ce couper du monde en restant anonyme. L’anonymat est à la fois leur force et leur faiblesse.  Ce choix  va à contre- courant des réseaux sociaux actuels. Facebook, Tweeter et autre outil de socialisation joue la carte de l’identification et du partage de la vie quotidienne.

Anonymous : un miroir inversé des réseaux sociaux

A l’époque où les réseaux sociaux change notre rapport à la vie privée, Anonymous défraie la chronique.  Sur ces médias, tous les  supports sont identifiables.  Tout le monde peut nous  suivre à la trace à travers des photos, des vidéos. Elles circulent d’écran en écran.  Cette présence devient préjudiciable si les contenus mis en ligne ne sont pas contrôlés.  Sur le net rien ne s’efface totalement. Cette hyper identification nous met parfois à nu.  Ce procédé va à l’encontre des principes d’Anonymous. Ce groupe instaure donc de nouvelles règles. D’après leurs aspirations, tous les médias doivent se partager gratuitement sans entraves et en toute liberté. Les Etats cherchent à réguler le monde du web.  Cette attitude déplait à Anonymous. Il dénonce les lois contre le téléchargement illégal et le marchandage des données personnelles orchestrées par Google ou Apple.

Ce positionnement délicat n’aide pas Anonymous à se faire entendre. Un jour ou l’autre un ou des membres souhaitera prendre le pouvoir.  S’ils veulent que leur cause et leurs motifs de mobilisation soient reconnus et partagés, ils ne peuvent pas continuer à évoluer constamment dans l’anonymat. Un jour, ils passeront de l’obscurité à la lumière. Pour obtenir de la reconnaissance, les membres s’identifieront. Sans cet effort ils plaideront une cause perdue.

Jessica Staffe

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