Le patrimoine historique et archéologique syrien menacé par la guerre

Apame ville antique syrienne

Depuis le début de la révolution arabe en Syrie, des milliers de civils ont été tués. Les syriens ne sont pas les seules victimes des terribles combats qui opposent les rebelles aux lieutenants de Bachar Al Assad. Le patrimoine archéologique est lui aussi en péril.

Le rapport  » le patrimoine syrien est en danger » alerte la communauté internationale. Il pointe du doigt les différentes dérapages et les convoitises dont sont victimes les monuments historiques et les sites archéologiques syriens.

Tout comme lors de l’invasion américaine en Irak, la Syrie se retrouve dans le chaos. Cette guerre civile favorise le trafic d’œuvres d’art. Les pilleurs ne reculent devant rien. Ils s’en prennent à des lieux de cultes.

Les mosquées ont participé à l’essor de l’Islam dans cette région. Leur richesse patrimoniale (arabesques, fresques, reliques et autres objets cultuels) représente un témoignage historique et culturel à conserver.

La région de Homs, bastion de rébellion intense a  subi de lourdes pertes.  Les mosquées et les cathédrales ont été bombardées voire détruites.

La mosquée Khaled Ibn Al-Walid a été prise pour cible. Les minarets symboles de la beauté architecturale de l’art musulman sont  victimes d‘attaques récurrentes.  Celui de Qa’ab el-Ahbar à Bab Drib n’a pas échappé aux différentes échanges de tirs.   Il a été partiellement dévasté.

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Mosquée  Khaled Ibn Al-Walid

Le monastère SAYDNAYA a été l’objet de nombreux tirs. Il date de la période de l’empereur romain Justinien. Un obus a traversé l’un des murs de cette bâtisse sacrée. La cathédrale de la Sainte Vierge Umm el-Zinnar à Homs, a été lourdement impactée..  Cette réalité montre qu’en temps de guerre, le symbolisme des édifices religieuxest oublié voire souillé. Parfois, ils deviennent des hôpitaux ou abris de fortune quand  d’autres sont transformés en camp de cantonnement militaire.

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source Reuters  monastère de Saydnaya en Syrie

Les sites archéologiques sont aussi menacés.

Des sites archéologiques en péril

 Pour protéger ce patrimoine mondial, des collections des musées d’ Alep d’Homs ou d’Hama ont été mis en lieu sûr à Damas ou dans d’autres endroits tenus secrets. Cette action permet de sauver ce qui peut l’être. Malheureusement, les forces de sécurité ne peuvent pas empêcher les fouilles clandestines de se développer. Des agents malhonnêtes signent un accord tacite avec les pilleurs. Ils soutiennent alors à demi mots des massacres. Des musées, des archives sont cambriolés. Les voleurs emportent de véritables trésors datant parfois de plusieurs millénaires. Le musée Deir Ez ZOR en est l’exemple. Il recèle des collections d’écritures cunéiformes (époque sumériennes entre autres ) vieux du trois millénaires avant Jésus Christ.

Les citadelles d’Homs et Qal’at el-Hosn ont été pilonnées.  Les villages historiques du massif calcaire  souffrent aussi de cette réalité violente. Cette vallée historique doit être protégée.   Dans ce contexte, les villes mortes ont intégré le patrimoine mondial de l’humanité depuis juillet 2011

Dans la province d’Alep, le site de Tell A’zzar n’a pas été encore fouillé. Les pilleurs se sont donc empressés de déterrer ces trésors cachés. Sans aucun respect ni scrupules, ils détruisent des ruines antiques.

Dans celle d’Hama, les vestiges de TELL QARQUR ,KHAN SHEIKHOUN et TELL AFIS sont réquisitionnés par l’armée et peuvent abriter des chars.

Ces sites archéologiques apparaissent complètement défigurer. Ce constat incroyable altère considérablement  le patrimoine culturel syrien. Aussi riche qu’il est, il ne faut pas qu’il passe aux oubliettes et tombent dans les mauvaises mains. La communauté internationale sous l’égide d’associations  comme Euromed- Hérirage tente de conserver à tout prix  ses objets dont la valeur est inestimable. Les soldats du régime ou du camp des insurgés investissent ses lieux mythiques. Ils les considèrent comme des trophées de guerre. Les armes, les obus, les batteries détériorent les sols et les monuments. Les pierres ancestrales font partie du trésor de guerre. Sans aucune entrave, ils se servent et spolient la Syrie d’un pan important de son héritage culturel.

Château d’Apame bombardée, source: le patrimoine syrien en danger  26  mars 2012

Les villes antiques d’Apamée et la cité caravanière de Palmyre subissent également d’importantes dégradations. Apamée a  pourtant rejoint le patrimoine mondial de l’humanité en 1999.Palmyre est aussi un site reconnu au niveau international. En 1980, il a été classé par l’UNESCO.

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L’arc de triomphe à Palmyre, Syrie (photo prise en 1981).Unesco/G. Degeorges

Malgré la reconnaissance internationale, les sites archéologiques restent fragiles.

Des fouilles clandestines tolérées

Ces différents trésors alimentent le marché de l’art international. Il n’est pas rare de les retrouvés quelques mois après, dans les ventes aux enchères organisées par Christie’s ou encore Sotheby’s. Leur prix atteint souvent des sommes astronomiques. Toute la Syrie est touchée.  Bien souvent les militaires connaissant l’existence de ces trafics. Quelques dignitaires politiques en profitent aussi pour s’enrichir.

Ils décident de mettre en place des projets de construction illégaux. Les règles d’urbanisme s’adaptent en fonction de la situation.  La préservation de leur patrimoine ne les intéresse pas. Ils préfèrent investit quitter  à amputer leur pays d’une partie de son histoire. Quoi qu’il en soit, ils font fructifier leurs acquisitions quitte à évoluer dans l’illégalité. Ils participent activement à ses organisations mafieuses. Ces bandes organisées s’associent dans ces affaires criminelles.Peu de personnes le dénoncent. L’instabilité  du pouvoir ne favorise pas la lutte contre ces actions illicites. Le ministère de la culture syrien demeure impuissant à ses multiples actes de vandalisme. Ce sentiment d’impuissance s’accompagne souvent de corruption.   Certains sites volent aussi sans forcément avoir conscience de leurs actes. Le premier servi s’approprie ces biens qui appartiennent à la communauté.

Jessica  Staffe

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