Quand le street art s’inspire de la crise

L’art représente un état d’esprit, de fait, un moment de vie d’une société donnée à une époque donnée. Il illustre à la fois les tensions, les bouleversements socio-économiques, techniques politiques et climatiques et s’inspire du vécu de l’humain. Sa fonction première est d’apporter un regard. Il permet parfois aux spectateurs  et aux amateurs d’ouvrir les yeux. Le street art ou art de rue ne déroge pas à cette règle. La crise chamboule notre quotidien. Les œuvres de street art en sont donc imbibées.

Le street art : l’art au service de l’engagement citoyen

Les artistes de rue ont souvent exprimé leur opposition au capitalisme. Le libéralisme n’est pas leur doctrine.  Certains  décident d’attaquer les banques et plus largement le système économique ultra libéral. Shepard  Fairey, jeune artiste californien avait soutenu la campagne de Barack Obama  en 2008 avec une série d’affiches.

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Obama incarnait alors  le changement, le mouvement et le progrès. L’avenir n’allait pas subitement se transformer mais cette élection donnait un  nouveau souffle à l’Amérique. Aujourd’hui la crise n’a pas disparu. Elle continue de  ravager les Etats-Unis. Cette situation critique n’a pas échappé à Shepard  Fairey. Des mouvements de protestation anti-capitalistes se sont formés. Dans ces circonstances exceptionnelles, il a participé à « occupy Wall Street » ou Occupy Los Angeles ». Son mécontentement s’est traduit ainsi :

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Il a réalisé cette une pour le magazine Time. Cette image est sans équivoque. Elle appelle à la protestation.  Elle évoque un sentiment d’impuissance et de colère. Elle résonne comme un cri.  A travers elle, Shepard Fairey donne de la voix aux citoyens qui n’en ont pas. Ces manifestations démontrent que le pays où le capitalisme est roi se fissure. Des citoyens le remettent en cause  Cette ambivalence  révèle une évolution de mentalité. L’édifice commence à tanguer. L’art ici prend une dimension politique.  Il demeure au centre de l’arène publique. Rien n’est laissé au hasard.  Cet engagement fait écho à la crise de la dette en Europe.

Les pays européens souffrent de la crise de l’euro. La dette colossale de ces états les plonge parfois dans le chaos. c’est le cas en Grèce Depuis cinq les plans d’austérité se succèdent en  sans rien changer. Le marasme économique s’amplifie à mesure que le temps passe.

La Madone aux euros s’inscrit dans la dénonciation de cette crise. Elle ruine la Grèce. Le patrimoine historique est même menacé. Cette image biblique rappelle aussi que la civilisation grecque représente l’un des berceaux de la culture européenne.

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 La vierge aux euros de LOUISA GOULIAMAKI/AFP

 Le Portugal n’a pas été épargné.Mais Menos partage son inquiétude, son opinion acerbe par des œuvres révélatrices comme  we are 99 cents. Ce travail assez noir montre à quel point les artistes transmettent leurs angoisses de voir la société se disloquer un peu plus chaque jour.

L’Espagne reste au premier plan. Le mouvement des indignés ne cesse de s’opposer aux mesures prises par le gouvernement. Le peuple se sent étouffé par la rigueur. Les artistes se nourrissent de ce rapport de force. Certains le soutiennent et prennent part aux différents soulèvements. Même s’ils s’effritent, ils continuent à perturber le paysage politique. Ces cris alarmants indiquent que la situation reste sans issue. Escif, artiste espagnol le constate à travers son activisme artistique.. Son œuvre Guillotina annonce la couleur. Les espagnols sont acculés par la dette. Ils courbent l’échine. Elle les mène au peloton d’exécution vers la Guillotine.  Cette image symbolique peint  la dérive de ce pays.

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Escif Guillotina 2012

Défense d’afficher un web documentaire sur le street art

Dans un tout autre état d’esprit le web documentaire  Défense d’afficher montre que le street art permet aussi d’ouvrir les yeux des citoyens sur les problèmes sociaux En Colombie, la violence tue des milliers de personnes chaque année.

Ces citoyens du monde attirent l’attention sur les problèmes trop souvent oubliés par la majorité. Ce regard acéré pointe du doigt les inégalités, les injustices. L’art retrouve ces valeurs de partage, d’ouverture d’esprit et d’engagement.En s’inspirant de la réalité quotidienne,  ils mettent en lumière les dysfonctionnements de la société contemporaine dont l’avenir est incertain.

La crise est devenue une muse pour le street art.  Cet engagement citoyen prouve que l’art qu’elle qu’en soit sa forme (fresques, peintures, dessins, graffitis, poèmes ou encore affiches) s’imprègne  de la réalité. Les artistes lui donnent une dimension intemporelle. Chacune de ces œuvres inscrivent la crise sur les murs des villes sinistrées. L’art de rue  marque l’environnement et laisse des traces durables.

Jessica Staffe

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