« The We and the I » : un road movie réaliste

Michel Gondry revient avec son dernier film « The We and the I » Ce road movie réaliste nous plonge dans un bus. La ligne 80 traverse le Bronx, quartier le plus pauvre de New York. A travers cette réalisation, il suit la vie d’adolescents du Bronx. Il évolue au rythme de sa progression du bus. Les amitiés se lient et se délient.  Les amours naissent ou périclitent. Ainsi va la vie des adolescents.

«The  We and the I» comme  un livre ouvert

Ce film est construit comme un livre. Au fil de son évolution, les pages se tournent. Les tranches de vie se succèdent. Trois chapitres forment cette production. Au bout du compte, ils construisent une unité de lieu et d’action mais le temps passe. Parfois il se fige  un instant lorsque le bus s’arrête. Il s’arrête pour mieux repartir. Les mots se mettent en images. Réalistes, elles se suffisent à elle-même. Pas une de trop, juste ce qu’il faut. Ce livre s’ouvre comme il se ferme sur des moments de vie. Les relations humaines représentent le  centre de the we and the I. L’individu se noie dans le groupe. Cette notion est centrale  pour les adolescents. On existe par le groupe. Les individualités s’imposent peu à peu. Elles s’affrontent parfois violemment. Le « nous » devient « je ». Le « je » ne peut pas exister sans le nous. Les jeunes rejetés évoluent à l’extérieur du groupe. Ils sont vus comme des paria. Ils sont souvent moqués mis  de côté.

Sans fioritures,  «the we and the I » offre un témoignage émouvant d’une jeunesse  souvent caricaturée. La bande son correspond aussi à l’état d’esprit du film. Elle est à son image. Ce récit à la fois lent et rapide est finement réalisé. Le spectateur a autant un regard extérieur qu’intérieur. Il participe au voyage initiatique et grandit avec les personnages. Cette production ressemble donc à un roman réaliste.

 La réalité d’une jeunesse du Bronx

Le Bronx ce n’est pas seulement la pauvreté, la violence mais une jeunesse tourmentée. L’humanisme représente l’élément essentiel de la réussite de ce film. Les sentiments forts se déclinent, s’inclinent parfois. L’innocence se mêle à l’inconscience à la naivité et à la méchanceté. Les jeunes s’amusent, se disputent, se bagarrent et cherchent surtout à se comprendre les un les autres. Les jeunes jouent leur propre rôle.

Les nouvelles technologies rentrent dans le bus. Une vidéo s’échange, se partage Les jeunes la regardent pour se détendre.  Ils en rigolent. Ils ne se rendent pas que les conséquences  peuvent être dramatiques. Le trajet du bus dure tout le film. Il se vide lentement.  Chaque arrêt correspond à une étape de vie. Des jeunes descendent. Le groupe se scinde. Les individus sont de plus en plus face à leur solitude. Ils apprennent à se connaître. Les caractères et les comportements changent. Certains jeunes idiots en groupe se découvrent et se livrent. Ils en deviennent touchants.

 Des chapitres comme morceaux de vie

« Bullie, » 1ere partie de ce récit plante le décor. Le bus avance mais ne se transforme pas. Seuls ses occupants évoluent. Ce huis-clos nous plonge dans le quotidien de ces adolescents. L’atmosphère y semble tendue. L’action se passe surtout au fond du bus. Les places sont toutes occupées. L’improvisation n’a pas le droit de cité. Les générations se rencontrent. Le bus n’appartient pas encore aux jeunes. Peu à peu, ils rejettent les éléments perturbateurs. Ils finissent par se retrouver entre eux mais un rebondissement vient chambouler l’ambiance. Une lycéenne réapparait après un long moment d’absence.

« Le Chaos » commence. Les rumeurs se répandent. Pourquoi n’était- elle plus au lycée ? Chacun amène son anecdote afin de percer le mystère. Les remarques fusent et les insultes aussi. Ils ne cherchent pas forcément à se comprendre. Seule au monde, elle se sent exclue et incomprise. Elle décide d’aller à l’avant du bus.  Le je remplace  le nous. Le I prend toute sa place. Il montre toute ses particularités et son unicité. Deux égos s’affrontent pour mieux se connaître. Cette manœuvre échoue à demi-mots. Il est difficile de changer son image. Les aspects négatifs  ne s’effacent pas comme ça.

Efficace, juste et sans complexes, ce film a le mérite d’exister. Simple, il donne la parole aux jeunes. Il bouge les lignes et dépasse les clivages sociaux et sociétaux. Sous l’œil avisé de Michel Gondry, ils sont eux-mêmes. Les mots sont leurs mots et mettent en mots leurs maux.

Sincère cette production est profondément humaine et humaniste.

Jessica Staffe

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