L’art syrien: une lente révolution

Le bilan de la révolution syrienne ne cesse de s’alourdir. Les victimes se comptent par milliers. La contestation au régime de Bachar al Assad continue d ‘être réprimée dans le sang. La liberté  artistique s’est exprimée via les réseaux sociaux. Engagé, l’art syrien illustre le quotidien de milliers de civils. Les œuvres se partagent et se diffusent. L’art renvoie à la conscience collective et met des images sur des instants tragiques sur des vies souvent brisées par la guerre. Il alerte aussi la communauté internationale sur les violences perpétrées à l’encontre des citoyens syriens. Depuis mars 2011 l’art  syrien se renouvelle chaque jour un peu plus.

Internet : chantre de cette nouvelle liberté artistique retrouvée

Internet et plus encore les réseaux sociaux ont été le facteur déclencheur des révolutions arabes. Les manifestations s’organisaient via le web. Les photographies étaient prises en temps réel. Des vidéos retraçaient quasiment minutes par minutes les différents évènements.  Des chansons, des sketches, des caricatures s’échangeaient

D’ailleurs les régimes contestés l’ont  bien compris. Pour limiter l’impact de chacune des révoltes, ils s’arrangeaient pour couper l’accès aux télécommunications. Souvent dépassé par les évènements, ils se sont résolus à contrôler le réseau internet pour éviter que les idées révolutionnaires ne se propagent. L’art révolutionnaire a donc toute sa place dans le décryptage de la situation actuelle. Les langues de délient, les images transforment aussi la société syrienne. Les artistes s’expriment et goûtent enfin à un semblant de liberté.

Mohamad Omran : exemple de cette révolution artistique numérique

Mohamad Omran, artiste plasticien a pris par à la révolution syrienne.  Au cours de la révolution, son militantisme s’est exacerbé par le dessin. Comme le rapporte Mohamad Omrad : « L’important est de partager ce que je créée, c’est ma manière de m’engager. Avant, je faisais essentiellement des sculptures, mais aujourd’hui, je publie régulièrement des dessins sur Facebook. Il est évident que cela est plus facile de toucher davantage de personnes avec un dessin qu’une statue. »Leur compréhension demeure plus aisée. Chacun peu s’y reconnaître. Ainsi par ce vecteur, les artistes affirment leurs points de vue et leur engagement d’une façon plus direct.

La vidéo: une arme de contestation très utilisée

Une page Facebook a d’ailleurs été dédiée à leur action : El fan wal Huria.  La liberté est défendue et marque un tournant dans l’état d’esprit des syriens. Aujourd’hui tout devient possible.  Un festival de courts métrages a même récompensées les œuvres  les plus aimés sur ce réseau social. Cette mobilisation originale prouve  qu’un vent de liberté commence à souffler en Syrie. Néanmoins son impact reste limité. Il ne touche qu’une frange de la population syrienne.  Selon Mohamad Omran la vidéo est le format idéal pour rendre compte des évènements. Ancrée dans l’instant présent, la vidéo a plus de prises de la réalité. Cette citation : « La vidéo permet de transmettre un message court, qui correspond au temps immédiat de la révolution. C’est très différent d’une sculpture ou d’un tableau. Là, on est davantage dans le temps de la réalité. » le sous-entend.

Il a participé activement  à ce festival de court- métrage. Avec la collaboration de Dani Abo Louch, il a préséente un conte de printemps.

<p><a href= »http://vimeo.com/30585735″>Conte de printemps</a> from <a href= »http://vimeo.com/lachaiserenversee »>La Chaise Renversee</a> on <a href= »http://vimeo.com »>Vimeo</a&gt;.</p>

Quand la contestation s’affirme

Tous les arts sont utilisés. Le théâtre, la littérature s’affranchissent lentement de la censure du régime. Des pièces se créent on line. Des  programmes satiriques comme Masasit Mati-Top Goon Episode 1 Beeshu’s nightmares commencent aussi à être diffusés. Des ouvertures se font sentir. Des changements s’opère aussi dans la sphère artistique. Les syriens se réapproprient la rue pour s’exprimer. Les artistes d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Des civils investissent les lieux publics pour crier leur désapprobation. Ibrahim Qachouch l’a payé de sa vie. Le chant devient une véritable arme de contestation comme le prouve  le groupe Syrian Bear.

Ces multiples engagements indiquent qu’un tournant artistique se joue en ce moment en Syrie. Chaque syrien apporte sa pierre à l’édifice pour construire une société débarrassée de la dictature de Bachar El Assad. Rien n’est gagné. Chaque petite victoire apporte un espace de liberté grandissant. La bataille risque toutefois d’être longue et âpre. Il ne faudrait pas que tous ces arts tombent un jour dans de mauvaises mains et qu’ils soient repris à mauvais escient.

Jessica Staffe

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